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WENDYAM MONIQUE SAWADOGO, ACTRICE DE CINEMA, COMEDIENNE, METTEUR EN SCENE ET PRESIDENTE DE LA FEDERATION NATIONALE DU THEATRE BURKINABE: « Ici, on néglige nos stars pourtant ailleurs, nous sommes des rois »

Passionnée des arts depuis la petite enfance, Wendyam Monique Sawadogo est aujourd’hui une figure emblématique du cinéma et du théâtre burkinabè. « Série noire à Koulbi », « Quand les éléphants se battent » ou « Mogo Puissant » sont, entre autres, des films où elle a brillé.

Née à Thiou au nord du Burkina Faso et grandi à Kantchari à l’est, elle est originaire de la localité de Tibga à quelques encablures de Fada.

A travers cette interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder, l’actrice et comédienne nous parle de son parcours, de son passage du théâtre au cinéma, de son quotidien, en affirmant que : « Ici, on néglige nos stars pourtant ailleurs, nous sommes des rois ». Elle aborde également sans détour d’autres sujets croustillants et revient sur son élection à la présidence de la Fédération nationale du théâtre burkinabè (FENATHEB). Lisez plutôt.

Evasion : Comment allez-vous ?

Wendyam Monique Sawadogo : Je vais bien.

 

D’où vient cette passion pour les arts ?

Cette passion ne date pas d’aujourd’hui, je pense que je suis la seule qui l’a héritée de ma maman. Aucun de ses enfants n’est artiste, je suis la seule. Elle est dotée d’un talent fou en matière de chant mais elle ne l’a jamais exploité.

 

Pouvez-vous nous parler de vos débuts à l’église à l’Est du Burkina Faso ?

(Eclat de rire) … Tout d’abord, j’étais très intelligente à l’école et j’étais très active dans la religion catholique. J’étais dans les activités de CV AV et ensuite à la Jeunesse étudiante catholique (JEC) où l’on menait des activités à l’église à travers des sketchs et des chants. J’étais aussi active dans les nuits culturelles au niveau de l’école.

 

Comment est intervenu le déclic pour la carrière professionnelle ?

J’ai véritablement débuté en 2002 avec la Compagnie Marbayassa en aspirant à être professionnelle. Au village, je faisais le théâtre et la danse sans en mesurer l’ampleur. Mais quand je suis arrivée à Ouagadougou, j’ai vu qu’il y avait une autre forme de théâtre, j’y suis allée par curiosité, ça m’a plu et j’y suis restée.

 

Et comment vous êtes-vous retrouvée au cinéma ?

Il y avait un casting pour une pub belge en 2002, il y avait des acteurs comme Chocho et bien d’autres. Après le tournage, on m’a donné 50 000 F CFA et je me suis dit qu’il devrait y avoir de l’argent dans ce milieu. Après, il y avait une pub burkinabè, j’y suis allée et on m’a payé 15 000 F CFA. Je me suis posé beaucoup de questions, à savoir comment le cachet peut redescendre. Donc, tout n’est pas rose, ça dépend des projets. Ensuite, j’ai joué dans des séries ; il y a eu « Quand les éléphants se battent », « Série noire à Koulbi » et les films se sont enchaînés.

 

Il y a eu également d’autres grosses productions comme « Mogo Puissant » dont vous avez été actrice principale ; peut-on dire que vous êtes satisfaite de votre parcours ?

 

Jusque là, ça va. Moi, en tant que comédienne et actrice, je n’aime pas me regarder parce que je trouve toujours des lacunes, des choses à corriger. C’est la rigueur du métier ; moi, je suis très regardante sur le jeu d’acteur. Je suis une perfectionniste quand je fais la direction d’acteur, donc je me juge très sévèrement. Quelque part, je dirai que je suis satisfaite parce que je suis aussi une figure dans le théâtre et le cinéma, je ne dirai pas incontournable mais je fais partie de la maison.

 

Vous réalisez une mise en scène en 2023 sur « Le sang de la malédiction ». Pouvez-vous nous parler de ce projet en tant que metteur en scène ?

En 2022 déjà, il y a eu un appel à candidature sur la formation de metteur en scène et vu que je travaillais depuis environ vingt ans, j’avais des visions de mise en scène ; j’ai écrit même des spectacles, des pièces de théâtre et un court-métrage qui a été produit par Imagine de Gaston Kaboré. Ce court-métrage a même été en compétition au FESPACO 2023. Je me suis dit que si au cinéma ça a marché, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas au théâtre. Donc j’ai postulé. Il y avait dix personnes à former, ensuite il fallait garder quatre, puis deux et j’ai fait partie des deux. Moi, je suis allée à l’extérieur en tournée parce que je voyage beaucoup. C’est pratiquement à la dernière minute à mon retour, que je suis tombée sur une pièce de Mamadou Tindano ; c’était son premier écrit en tant qu’auteur et moi ma première mise en scène. Je voyais vraiment la tragédie dans ce texte et je l’ai monté avec toute mon âme et ça a marché.

 

Que feriez-vous si l’on vous demandait de choisir entre le cinéma et le théâtre ?

(Eclat de rire) … Je vous dirai qu’il n’y a pas de choix à faire, le cinéma et le théâtre sont liés. Aujourd’hui, on met le cinéma au-dessus de tout mais pour moi, la base c’est le théâtre.

 

Vivez-vous de votre art ?

Je dirai oui. Je pense qu’au Burkina, il y a d’autres formes de financement à trouver pour notre art. Je me dis aussi que quand on dit vivre de son art, c’est quand tu arrives à construire ta propre maison. Les projets arrivent à compte-goutte et ce n’est pas simple face a nos charges.

 

Qu’avez-vous à dire à vos fans ?

Je leur demande de toujours nous soutenir et de nous porter haut. Ici, on néglige nos stars, pourtant ailleurs, nous sommes des rois, ce qui fait que certains abandonnent.

 

Vous venez d’être portée à la tête de la Fédération nationale du théâtre burkinabè (FENATHEB). Quelles seront les innovations que vous comptez apporter au théâtre burkinabè ?

C’est une lourde responsabilité d’être à la tête de la FENATHEB, mais quand on est dans un groupe et tout le monde y met du sien, on ne peut pas rester à l’écart. C’est l’assemblée qui m’a élue et je suis très contente du bureau que j’ai, parce que chacun à son niveau, a quelque chose à apporter. Ensemble, nous allons essayer, avec la collaboration des autorités et les institutions pour voir comment obtenir une source de financement pour le milieu du théâtre. Une culture ne peut pas vivre sans l’art, c’est très important pour l’éducation de nos enfants et nous-mêmes.

 

Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur ?

Mon souhait est que chaque artiste puisse vivre de son art. C’est comme un droit. La vie est tellement difficile de nos jours que la passion seule ne suffit pas. J’ai plein de projets mais ça va rester en berne.

 

Peut-on savoir votre quotidien ?

Mon quotidien est marqué par le théâtre. Je peux lire un livre, regarder un film, ou soit je suis à une rencontre, une création ou je donne une formation, un stage ou un atelier ; et puis il y a la gestion de la famille.

 

Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans le cinéma et le théâtre ?

Çe sera son choix. Je vais lui dire que ce n’est pas un métier où on vient somnoler. Même quand on n’est pas sur scène, on n’est pas en vacances. Chaque chose qui se passe autour de nous devient comme une énigme qu’on doit décortiquer.

 

En juillet prochain, vous serez à Avignon en France ; pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Il est question d’une tournée théâtrale avec la Compagnie Marbayassa pour la pièce « L’avare et ses calebasses » de Molière que nous avons adaptée à la sauce africaine ; c’est au Festival d’Avignon. Il y a aussi « Les contes sous le baobab ». Voilà pourquoi je dis qu’il faut trouver des fonds pour que les comédiens puissent passer dans les écoles ; c’est un besoin fondamental pour le devenir de nos enfants.

 

Qu’avez-vous à dire pour conclure ?

Nous les artistes, nous devons être solidaires. Ensemble, quand on pose des actes, c’est fort. Merci à Evasion pour cette marque de considération.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

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