Originaire de la Côte d’ivoire, Frost Olly à l’état civil Koré Armel Francis Gbatty est un artiste- musicien né à Treichville à Abidjan. Ayant perdu sa mère dès l’âge de cinq ans, il est intégré à l’orphelinat de Bingerville où il va apprendre à vivre avec une autre communauté sans connaître un seul parent.
Frost Olly se fera connaître à travers un registre musical métissé, associant les rythmes du terroir ivoirien à la country, au blues et à la salsa. Il connaît un véritable succès dans plusieurs pays avec ses chansons « Fontaine en or », « Femme Crystal » et « Ma jolie Guantanamera » au début des années 90.
Sa carrière traverse le temps et l’espace. A l’occasion de son séjour à Ouagadougou pour le concert de la Saint- Valentin avec Deko Inter et Biz’Art Production, nous l’avons rencontré pour vous à travers une interview exclusive. Le chouchou des femmes nous parle de sa difficile enfance, du public burkinabè, de son quotidien en France, jette un regard critique sur la musique actuelle en soutenant qu’il fait la musique pour parler à l’âme. Il aborde également, sans détour, d’autres sujets croustillants. Lisez plutôt !

Evasion : comment allez-vous ?
Frost Olly : je vais bien et je suis très heureux d’être là.
Peut-on dire que c’est un plaisir pour vous de retrouver votre public de Ouagadougou ?
C’est toujours un grand plaisir de retrouver ce public qui m’a toujours soutenu et qui a toujours été avec moi. Il y a deux pays qui m’ont vraiment soutenu jusqu’à ce que je sois ce Frost Olly aujourd’hui. Il y a la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. C’est pour cela que chaque fois que je suis invité ici, je trouve le temps de venir. Ici j’ai un public qui a soif de ma musique.
Quel est le souvenir qui vous a le plus marqué lors de vos différentes venues ici au Burkina Faso ?
Je suis venu plusieurs fois ici, j’ai été invité au Kundé, au Palais de la culture et au Squash Time. Je suis tellement ancré dans l’africanisme que je suis heureux de voir comment les gens vivent, c’est une autre façon de voir, une autre culture et c’est quelque chose qui m’impressionne tous les jours. Je me sens toujours chez moi quand je suis à Ouagadougou. Toutes mes prestations ici ont été de bons moments. Quand je suis là, j’échange avec les gens, je discute avec eux et ce sont des moments importants.
Vous réalisez votre première sortie discographique qui connaît un succès intercontinental, quel est ce secret ?
J’ai une façon de composer mes chansons. Quand je compose, je rentre dans un autre état d’esprit et c’est pour cela que les gens ont du mal à me cerner. Quand je rentre dans le domaine artistique, c’est comme un génie. Même si je suis le canal par lequel le message passe, je ne suis pas le créateur de ces chansons ni de ces mélodies. J’essaie d’évacuer ce don-là. Ce qui est important pour moi dans la musique, il y a ceux qui amusent, ceux qui revendiquent certaines choses, et il y a ceux qui parlent à l’âme. Moi, je fais la musique pour parler à l’âme ; c’est ce qui fait la force d’un être humain.
Quelle est la place de la femme dans votre vie ?
Ma vie a été fondée sur quelque chose de très motivant. Ma mère, je l’ai perdue très tôt, donc j’ai vécu à l’orphelinat de Bingerville. Et là, j’ai appris à vivre en communauté, à côtoyer les gens sans connaître un seul parent. Pour moi, aujourd’hui, cet amour que je n’ai pas eu, c’est cet amour que j’essaie d’évacuer et que j’essaie de rechercher à travers toutes ces femmes. Quand je rencontre une femme, elle est comme une maman, une sœur. Cette mère que je n’ai pas connue est dans toutes ces femmes.
Pendant que toutes ces tournées mondiales s’enchaînaient, vous marquez un break pour vous installer en France. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
(Eclat de rire) … Il y a beaucoup de gens qui ont dit que j’étais mort, certains ont même dit que je me suis suicidé. Et en même temps, c’est ça aussi qui fait l’artiste, il faut que les gens parlent. Quand on ne parle pas d’un artiste, c’est qu’il ne vit pas. Quand j’étais à Abidjan, j’avais été produit par la maison Emi Pathé Marconi, quand la maison a fermé en Côte d’Ivoire, ils ont voulu que je vienne pour essayer de faire la promo de ce que j’avais sorti ici. Durant tout ce temps, je n’ai sorti que deux albums. Mais la force que ces albums ont eue, fait que les chansons ne se ressemblent pas ; elles sont différentes les unes des autres. Quand on écoute du Frost Olly, c’est comme un best of. Effectivement, je suis parti, il fallait faire la promo avec « Fontaine en or », « Femme Crystal » ainsi que « Ma jolie Guantanamera ». J’ai donc beaucoup tourné. Et après je me suis dit qu’il fallait que j’arrête un peu. Ensuite, j’ai sorti une autre chanson « Oh madame » qui tourne en ce moment et j’ai sorti un hymne sur la paix, en plusieurs versions. Et de ces versions, il y a eu des changements dans ces pays-là. J’ai chanté sur le Burkina et le Mali et c’est deux ans avant. Tout ce que j’ai chanté, c’est ce qui est venu, c’est comme la prémonition. Il y a eu aussi une autre chanson qui s’appelle « Je suis Nord-Sud » pour dire qu’un pays doit être unifié.
Parlant de votre prochain album, où en est-on avec ce projet ?
Je suis en train de le concocter avec mon équipe pour sélectionner des chansons. Quand tu fais des chansons à succès comme les miennes, avant de sortir d’autres, il faut faire attention. Sinon tout est déjà enregistré, mais on essaie de sélectionner des chansons qui peuvent vraiment faire plaisir à mon public qui m’a toujours soutenu pendant presque trente ans.
A quand la sortie de cet album et quelle sera sa particularité ?
Nous n’avons pas encore donné de date mais sa particularité est que nous avons travaillé avec de grands musiciens, chacun a réfléchi et a proposé des choses. Ce sont plusieurs âmes sur cet album, et ça peut donner quelque chose d’important.
Avec un regard dans le rétroviseur, il y a trente ans de cela, les mélomanes écoutaient les chansons. Ceux d’aujourd’hui par contre, aiment danser. Est-ce que cela ne constitue pas une entrave aux musiques d’écoute ?
Personnellement, je dis non. Pendant que certains dansent, il y a d’autres qui réfléchissent, d’autres qui planifient et moi, je suis du côté de ceux qui essaient de réfléchir. Je crois qu’un parent doit être un exemple pour ses enfants. La vie est faite de construction et d’organisation. Mais je n’en veux pas à ceux qui dansent, car il y a même des musiques pour dormir et pour manger.
Qu’avez-vous à dire à vos millions de fans ?
Je leur dis que je suis toujours vivant et que j’ai toujours besoin de leur soutien pour avancer. Mon grand souhait est de continuer de leur faire plaisir à travers ma musique. Je les aime. Qu’ils sachent que dans chaque foyer, il faut qu’il y ait la paix et l’amour.
Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans la musique ?
Il n’y a pas de souci sauf qu’il fasse une musique qui puisse parler à l’âme. Il y a des musiques qui disparaissent juste deux mois après leur sortie alors que « Fontaine en Or » est sorti depuis 1993 et est toujours écoutée parce qu’il y a du génie dans la composition.
Peut-on connaître votre quotidien en France ?
Je travaille en France, j’ai eu la chance de travailler à Disneyland à Paris et quand j’ai les week-ends, je travaille avec mes musiciens, ce qui fait qu’en général, on ne me voit pas trop. Je fais beaucoup de sport aussi, quand les gens me voient, ils me demandent mon secret pour paraître toujours jeune. Moi, je limite certaines choses. Et après, il y a la vie de tous les jours.
Qu’avez-vous à dire pour conclure ?
J’aime beaucoup les Burkinabè, c’est une partie de moi. Je leur dis merci pour leur soutien durant toute ma carrière. Il n’y a jamais eu de scandale sur moi, et c’est grâce à leurs prières. Merci à vous Kerson, et à toute l’équipe de votre magazine Evasion.
Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON
