Membre du célèbre groupe humoristique Les Zinzins de l’art, Alain Lucasse, à l’état civil Alain Dala Ki, est né et a grandi à Abidjan au quartier Abobo. Originaire du Nayala, son père est natif de Yaba et sa mère de Zouma.
Passionné des arts du spectacle depuis l’école, il se forme au théâtre auprès de l’inoxydable Omega David, et va côtoyer d’autres sommités comme Gohou Michel et Dosso de « Ma famille ».
Après avoir participé à plusieurs projets dont la série « Faut pas fâcher », le déclic interviendra à l’émission « Bonjour » de la RTI.
Profitant de son séjour à Ouagadougou à l’occasion du One Man Show de son binôme Lintelectuel Kaboré, nous l’avons rencontré pour vous.
A travers cette interview exclusive, l’artiste nous parle de son parcours, de sa rencontre avec Kaboré, de la petite histoire de son personnage de sourd-muet, nous fait vivre des souvenirs qui l’ont marqué, revient sur son quotidien, aborde sans détour d’autres sujets assez croustillants et lève le voile sur sa situation matrimoniale. Pour lui, les doyens ont tracé le chemin pour qu’en terme de rémunération, la jeune génération d’humoristes ne souffre plus. Lisez plutôt !

Evasion : Comment allez-vous ?
Alain Lucasse : Je vais bien.
D’où vient cette passion pour les arts du spectacle ?
Tout a commencé depuis l’école avec le théâtre scolaire. Et pendant les vacances, on organisait les mini «Varietoscopes » ; dans cette émission, il y a le théâtre, la danse et plusieurs autres disciplines. J’ai commencé tout-petit à Abidjan au quartier Abobo avec des amis. Ensuite, on organisait des bals poussière et tout le quartier venait nous regarder gratuitement.
Comment s’est faite votre rencontre avec Gohou à vos débuts ?
Quand on est dans ce milieu, il est difficile d’avancer seul. Pour se perfectionner, il faut côtoyer les doyens. Donc, j’ai côtoyé les doyens Gohou Michel, Dosso de la série « Ma famille », Omega David qui est mon formateur et qui nous a conduit sur la bonne voie.
Pouvez-vous nous parler de votre passage du théâtre à l’humour ?
Nous sommes des artistes comédiens et avons beaucoup de sketchs. Il y a eu d’abord le cinéma qui nous a conduit à « Faut pas fâcher » par recrutement. Et pendant ce temps, on traversait des moments difficiles suite à la crise qu’a connue la Côte d’Ivoire. Et le réalisateur nous a appelés un beau matin ; il y avait Commander, Kaboré et moi. C’était pour un tournage sur la prolifération des armes légères. C’est comme ça que nous sommes allés à trois, nous avons fait le tournage et nous avons réussi à faire rire l’équipe qui était là. Le réalisateur nous a dit qu’il va voir comment nous faire entrer à « Bonjour ». Un matin, mon téléphone a sonné et il me dit que nous devons aller à la RTI (Radio Télévision Ivoirienne) pour rencontrer M. Mamery qui était le réalisateur de « Bonjour », en son temps. Nous sommes allés le voir et il nous a auditionnés sur le gazon et c’est comme ça que nous sommes montés sur la scène de « Bonjour 2012 ». Et c’était le déclic.
Comment s’est faite la rencontre avec Lintelectuel Kaboré ?
La rencontre avec lintelectuel Kaboré s’est faite dans la cour de la RTI lors d’un casting pour un tournage à Divo. Ils ont retenu Kaboré, Commander et Moi. Chacun était dans sa chambre et Kaboré s’est approché de nous ; c’est ainsi qu’est née la chaleur amicale et familiale. Lui, il est Mossi et moi Samo, donc avec la parenté à plaisanterie, cela a renforcé nos liens.
Les Zinzins de l’art, un groupe ivoirien ou burkinabè ?
C’est un groupe ivoiro-burkinabè.
Quelle est la petite histoire du personnage du sourd-muet ?
(Eclats de rire) … On était là dans notre humour et on remarque que tout le monde parle. Il fallait trouver quelque chose de spécial pour se démarquer des autres. Chaque fois, quand je rentre dans mon quartier, il y a un sourd-muet qui règlemente la circulation routière à notre carrefour. Je remarquais ses gestes et autres. Et une fois la RTI nous a contactés par rapport à une émission « Ma commune en fête » à San Pédro. Nous étions en train de réfléchir sur le sketch et j’ai commencé à imiter les sourds-muets. Et puis Kaboré a dit qu’on va essayer pour voir. On l’a essayé et ça a cartonné. Kaboré m’a dit que je pouvais en faire un personnage et j’ai dis non. Il m’a convaincu et il n’a pas eu tort. Grâce à ce personnage de sourd-muet, je voyage dans des avions, on va à Paris et dans plusieurs pays du monde.
Ne pensez-vous pas que le sourd-muet accroche plus que le personnage quand vous parlez ?
(Eclats de rire) … Effectivement, c’est le personnage de sourd-muet qui a captivé les gens. Ils le trouvent encore plus comique que quand je parle. Qui parle des Zinzins de l’art parle de ce côté-là.
Vivez-vous de votre art ?
Je vis de mon art sinon on ne serait pas dans des avions. Ce que nous faisons est un métier. Voilà pourquoi dans un gouvernement il y a un ministère de la culture. Quand certains nous croisent dans la rue et nous demandent qu’est-ce qu’on fait à part ça, ça nous frustre un peu.
« C’est un accueil chaleureux. Par exemple, quelqu’un nous a croisés en circulation et nous a demandé de garer »
Quels sont vos grands projets ?
Actuellement, j’ai ma page avec plus d’un million trois cent mille abonnés sur Facebook. Sur YouTube, j’ai 67 mille abonnés et sur Tiktok j’ai plus de 600 mille abonnés. Ce sont des vidéos que je tourne à plein temps, espérant avoir des partenariats. On a également de grands projets avec des chaînes de télévisions, on fait des capsules, des tournages et autres. On s’approche du cinéma.
Peut-on savoir les souvenirs qui vous ont le plus marqué lors de vos multiples voyages à travers le monde ?
Au Tchad, par exemple, il y a environ quatre ans, quand nous sommes descendus de l’avion, il frôlait les 47 ou 48 degrés de chaleur. Quand j’ai franchi la porte de l’aéroport, j’ai crié et quelqu’un m’a dit, bienvenu au Tchad ; tellement il faisait chaud. Cela m’a beaucoup marqué, alors que quand on va en Europe, ce n’est pas le même climat. Récemment, nous étions à Paris et il y faisait moins 10 degrés. Ce qui nous fascine c’est la découverte des différents climats des pays.
Comment avez-vous senti l’accueil au Burkina Faso par vos milliers de fans ?
C’est un accueil chaleureux. Par exemple, quelqu’un nous a croisés en circulation et nous a demandé de garer ; il est descendu de son véhicule, il nous a félicités et nous a remis quelque chose pour le carburant. Je salue ce monsieur au passage.
Que feriez-vous si l’on vous demandait de choisir entre le théâtre, le cinéma et l’humour ?
J’aurais du mal à choisir. C’est grâce au théâtre que j’ai connu l’humour.
Et que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans l’humour ?
Je ne vais pas m’y opposer parce qu’il arrive à l’homme ce que Dieu permet. C’est à moi maintenant de l’orienter, de le coacher pour qu’il parte plus loin que moi.
Qu’avez-vous à dire à vos fans ?
Je les aime, qu’ils continuent de nous soutenir parce que, sans eux, nous ne sommes rien.
Peut-on savoir votre quotidien ?
Ce sont les réflexions. Il y a la jeune génération qui nous traque, donc il faut que nous travaillions à garder toujours la constance et le cap. Après le boulot, je suis avec ma petite famille.
Quelle est votre situation matrimoniale ?
Je suis marié et père de deux enfants.
Qu’en est-il de vos participations au « Parlement du rire » ?
C’est l’une des activités détachées des Zinzins de l’art, un projet qui est piloté par Mamane avec toute l’équipe : CathÉrine, Marie Christelle, Gohou Michel, Digbeu Cravate. Nous les côtoyons pour bénéficier de leur chaleur et de leur étoile pour faire avancer les choses.
Quels conseils donnerIez-vous à un jeune qui aimerait faire comme vous ?
Dans notre milieu, il y a trois choses. Il y a la formation ou l’apprentissage qui est la base. Secundo, il y a le sacrifice, et la troisième étape c’est de bénéficier de ces sacrifices.
Quel a été votre plus gros cachet ?
Ce sont des sujets que je n’aime pas aborder. Mais c’était en Côte d’Ivoire. Les doyens ont tracé le chemin pour qu’on ne souffre plus.
Qu’avez-vous à dire pour conclure ?
Merci à Evasion, chaque fois que je suis au Burkina, j’en achète ; vous avez une belle plume. Merci à tous.
Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON
