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FEENOSE, ARTISTE-RAPPEUSE: « Le rap burkinabè a perdu sa profondeur au niveau des textes »

Feenose se définit comme l’une des toutes premières rappeuses du Burkina. Résidant en Allemagne depuis plusieurs années, cette passionnée du hip hop depuis l’enfance, fit ses premiers pas dans le premier album « Epitaphe » de Smockey en 2011.

Auteure de plusieurs œuvres à succès et positionnée sous les feux des projecteurs sur les scènes européennes, l’artiste est un porte- flambeau du rap burkinabè.

A travers cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder à l’occasion de son passage à Ouagadougou, elle nous parle de son prochain opus, dresse le bilan de sa récente sortie discographique « Take my hand», jette un regard critique sur le rap burkinabè en affirmant que ce style de musique a perdu sa profondeur au niveau des textes. Elle aborde également sans détour d’autres sujets croustillants et revient sur son quotidien à Berlin. Lisez plutôt !

 

Dans quel cadre êtes-vous à Ouagadougou ?

 

D’abord, je vous remercie pour l’honneur. Je suis là dans un cadre familial, c’est pour les fêtes de fin d’année avec la famille.

 

En 2022, vous avez lancé Kayiri Records, qu’en est-il de cette structure et des projets ?

 

Oui, c’est vrai qu’en janvier 2022, j’ai lancé ma structure qui est Kayiri Records, et à cette occasion, j’ai donné un énorme concert qui a drainé du beau monde. Malheureusement, après cela, j’ai vécu d’énormes difficultés ; il y a eu le décès de ma maman suivi récemment du décès de mon père. Tout cela a mis mes activités en pause. Actuellement, je reprends tout doucement le cours du show-biz sans me mettre la pression. Il y a l’association Sima que j’avais également en veilleuse. Au niveau musical, je me remets en activité.

 

Et qu’est-ce qui va être fait au plan culturel concernant l’association ?

 

Je ne voudrais pas devancer l’iguane dans l’eau, comme le dit l’adage. Tout doucement, ce sont de petites initiatives que nous entreprenons parce que je n’ai jamais eu un fonds gouvernemental qui m’accompagne. J’essaie de faire de grandes choses avec mes petits moyens où l’humain est au-devant. Ça sera aussi des échanges culturels entre l’Allemagne et le Burkina. Même si nous étions silencieux, nous avons toujours exercé en ne faisant pas de bruit. Pour moi, l’humanitaire n’a pas besoin d’être exposé.

 

Est-ce que votre chanson « Albinos », s’inscrit dans cette démarche dans l’humanitaire ?

 

C’est une chanson qui date de 2011, c’était dans un esprit de prémices par rapport à l’association qui a suivi entre 2012 et 2013. Et les bénéfices de l’album « Albinos » ont été consacrées à tous les projets que j’ai pu initier au niveau des personnes atteintes de l’albinisme.

 

Pouvez-vous nous parler de votre amour pour le hip hop ?

 

Le hip hop fait partie de moi depuis l’enfance. Il y a toujours une trace de hip hop dans tout ce que j’entreprends.

 

Quel bilan faites-vous de l’album « Take my hand » qui est votre dernière production discographique en date ?

 

L’album « Take my hand » est sorti en 2022 avec le lancement de Kayiri Records. Comme je l’ai souligné, avec le grand vide, j’avais tout mis en pause. Et c’est au mois d’août dernier que j’ai décidé de sortir de l’ombre car il n’y a pas eu de promotion en tant que tel. Pour moi, c’est comme si cet album reprenait vie et il est maintenant disponible sur les plateformes digitales. Je dirais qu’il n’y a rien qui est fait au hasard, quand je l’ai sorti, c’est sur cette musique que mon frère s’est marié. Pour moi, c’est une chanson qui est intemporelle.

 

A quand la sortie d’un nouvel opus ?

 

La bonne nouvelle est que je viens de rentrer en studio. Maintenant, on sait quand on rentre mais on ne sait pas quand on en sort. Je travaille, je prends mon temps, je ne suis pas pressée et qui sait, peut-être 2026 ou 2027. Vous serez informés au moment opportun.

 

Mais à quand un autre grand concert pour une communion avec ton public ?

 

(Eclat de rire) … En toute franchise, je n’ai pas de programme. Ce qui est sûr, c’est que j’adore la scène. S’il y a des invitations ou des propositions de promoteurs culturels, on pourrait y réfléchir. Mais pour l’instant, je ne vais pas organiser moi-même mon propre concert comme je l’ai fait en 2002 parce que c’est difficile, car j’aime mettre tout le staff à l’aise. Je suis dans une dynamique de respect pour tous ceux qui participent à l’organisation en payant bien mes collaborateurs. Il faut assez de moyens pour cela. Certains pensent que nous artistes de la diaspora, dormons sur l’argent alors que nous avons nos réalités.

 

Qu’avez-vous à dire à vos fans ?

 

Je remercie vraiment toutes ces personnes qui ont gardé patience et celles qui se sont souciées car elles sont nombreuses ces personnes qui m’ont écrit pour avoir de mes nouvelles et celles qui ont aussi respecté le silence que j’ai décidé d’observer. Revenir après trois ans d’absence et retrouver toutes ces personnes qui sont toujours là pour moi, ça fait chaud au cœur, c’est une bénédiction. Moi, j’ai toujours eu du mal avec l’expression fans, je dirais  que mes supporters, c’est la grande famille. Je leur souhaite une bonne et heureuse année 2026, surtout la santé et la paix au Faso.

 

Quel est votre quotidien en Allemagne ?

 

A Berlin, en plus de la musique, je suis dans le métier de la petite enfance en tant qu’éducatrice bilingue allemand-français. Après mon café, une habitude que j’ai prise de mon papa, je fais ma guidance spirituelle et je vais au boulot, le soir c’est la cuisine et les week-ends il y a les spectacles que j’honore car la ville de Berlin est très animée où chacun trouve son bonheur.

 

Etant considérée comme l’une des premières rappeuses du Burkina, est-ce une charge ?

 

Oui, je dirais que c’est une lourde charge.

 

Comment voyez-vous l’évolution du rap burkinabè ?

 

Je trouve que le rap a perdu sa profondeur au niveau des textes. Par contre, il a une portée internationale. Je déplore aussi ceux qui font le copier-coller avec les USA. Et c’est dommage qu’au niveau des clips, les femmes soient exposées et dénudées. Mais chacun a sa manière de voir les choses. Je trouve qu’on doit rester authentique.

 

Lors de la récente édition du SIAO, il y a eu un certain nombre d’artistes de la diaspora qui ont été invités. Peut-on s’attendre à vous retrouver sur une scène du SIAO ou du FESPACO ?

 

Pourquoi pas ? Tout est une question d’organisation. Si je suis contactée des mois à l’avance, ça peut se faire. Maintenant, il faut que la démarche se fasse.

 

Qu’avez-vous à dire pour conclure ?

 

Je dis merci aux Editions « Le Pays ». Je remercie toujours mes parents parce que je sais que de là-haut, ils font quelque chose pour moi car avoir la grâce de ses parents, c’est inestimable. Encore merci à toute l’équipe de votre magazine et au public.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

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