Portrait d'artiste

Smockey

Serges Bambara, alias Smockey, est un artiste engagé et militant du Pays des Hommes Intègres. Né le 24 octobre 1971, d’un père burkinabè et d’une mère française, il est l’un des précurseur, l’icône du mouvement Hip-Hop au Faso.

Déjà en 1988-1989, des groupes break-dance, dans les quartiers, donnaient naissance au mouvement rap au Faso. Serges, à l’époque s’initie à cette manière de chanter ou de danser dans les espaces créés à cet effet dans les quartiers et dans des salles reconnues, surtout au CCF. En 1991, pour des raisons studieuses, il quitte le Faso natal pour la France. Avec un ami arrangeur camerounais Alain Toko, il apprend la programmation dans un studio. Un futur producteur est né. En 1999, en featuring avec LAAM, une chanteuse française, Serge fait son premier single et prend « Smockey », « se moquer » comme nom d’artiste. En 2001, malgré les opportunités que la France lui offre, Smockey se « moque » de tout cela et décide de rentrer au Burkina Faso. Se réclamant de l’idéal, l’homme intègre assassiné quand il n’avait que 16 ans, Smockey préfère retourner au bercail pour lutter avec ses frères au ghetto. En mars 2001, il crée son studio ABAZON. Au début, le rap était vu comme une musique de drogués, de bandits, de voyous, de délinquants, paresseux du quartier. C’est dans ce climat de méfiance au mouvement que Smockey s’est « moqué » encore des préjugés pour révolutionner le rap en créant son studio. Il n’y avait qu’un seul album RAP burkinabè sur le marché à son temps et c’est « Arrêt sur image » de Souleymane Ouédraogo alias « Basic Soul », sorti en 1997. En croyant en ce qu’il fait et en se « moquant » des critiques acerbes envers le rap, Smockey a apporté un soutien de haut niveau aux jeunes rappeurs. En septembre 2001, son premier solo « Epitaphe » envahit le milieu hip-hop. Il évoque des thèmes politico-sociaux dans un style sobre et poignant, et d’un ton dur pénétrant les cœurs. Après « Epitaphe », s’en sont suivis les albums « Zamana » (le peuple), « Code Noir », « CCP » (Cravate costard et pourriture). Avec une plume révolutionnaire, ses albums ne sont pas roses pour le pouvoir en place. Ainsi en 2005, en pleine campagne présidentielle, il sonne au visage la Compaorose avec un Maxi au titre provocateur, « Votez pour moi ». « 50 ans de dépendance » issu de son album Cravate, Costard et Pourriture (CCP) est un véritable coup de poing à la figure de Blaise Compaoré et les autres présidents africains qui refusent l’indépendance véritable en braquant les banques nationales, les constitutions sous la bénédiction de la France impérialiste. Son compteur est aussi garni de single, de duo, de featuring avec surtout son frère Didier Awadi, rappeur sénégalais, propriétaire du studio Sankara à Dakar. Ses deux artistes engagés mènent depuis longtemps une lutte commune et unie. Avec son premier album, Smockey a été deux fois de suite  « meilleur rappeur » et meilleur arrangeur » aux trophées du Rap et Rap awards au Burkina Faso en 2002. Il a été consacré 2 fois Kundé d’or du meilleur artiste burkinabè en 2006. En 2010, il  gagne le kora, trophée de la musique africaine dans la catégorie 2 Meilleur artiste Hip-Hop africain. Outre la musique (compositeur-arrangeur-producteur-chanteur), il est acteur de cinéma et de théâtre. Parlant de Théâtre, il travaille à  l’écriture d’une pièce de théâtre musicale intitulé « Le syndrome de la pintade » où il dénonce la mauvaise foi des dirigeants. Les chansons de cette pièce seront regroupées en album qui devait sortir en 2020. La covid-19 a modifié le calendrier mais la création artistique suit son cours normal. Figure de proue du mouvement hip-hop au Pays des hommes intègres, avec des textes déjà politiquement engagés, il se révèle à la Nation tout entière dans la lutte contre le braquage de la Constitution à son article 37. En 2013, il rejoint un musicien de reggae, animateur radio et militant politique « Samsk Le Jah » et autres camarades pour créer Le Balai Citoyen. Ce  mouvement politique de la société civile qui entend lutter contre la corruption, les crimes politiques et économiques, s’est notamment illustré par son opposition au pouvoir à vie du président Blaise Compaoré. Les manifestations ont contraint Compaoré à abandonner le pouvoir le 31 octobre 2014, après plus de 27 ans de règne. L’artiste fait sortir le 5 mars 2014 un triple album « Prè-Volution ». Prémonition, Révolution, Evolution. Il organise deux gigantesques concerts à Bobo et à Ouaga. Suite au coup d’Etat de Dienderé, son studio d’enregistrement Abazon est attaqué au lance-roquette et incendié le 17 septembre 2015, par des éléments putschistes du Régiment de sécurité présidentielle, demeuré loyal au président déchu, Blaise Compaoré. On le recherchait pour tuer. Le 28 mai 2016, il reçoit le prix « Ambassadeur de la conscience » décerné par Amnesty International, pour l’ensemble de son combat au côté des jeunes à travers le mouvement, le Balai Citoyen. En 2018, il se retrouve dans la liste des 50 personnalités les plus influentes de l’année par Jeune Afrique. Il est d’un tempérament nerveux, mais pas rancunier. Il ne se soumet au diktat de personne et déteste se sentir « mouton ». Smockey ne se soumet à personne.

 

Evariste Tèlesphore NIKIEMA

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