Au fil des semaines

LUTTE CONTRE L’INSALUBRITE URBAINE: Aller au-delà du folklore !

Dans le temps passé, et notamment sous le mandat de Simon Compaoré à la tête de la municipalité de Ouagadougou, cette ville passait pour être une des capitales les plus propres de la sous-région, au point que l’équipe dirigeante de l’époque avait reçu des distinctions au plan africain. Cette époque est révolue. En effet, Ouagadougou est aujourd’hui une ville insalubre. Et ce qualificatif est valable pour l’ensemble du Burkina en général et des villes du pays en particulier, si fait que les autorités actuelles ont réagi en mettant en place, pour ne pas dire en ressuscitant, l’opération mana-mana. Cette opération est donc d’une opportunité pratiquement inattaquable. De ce fait, l’on peut saluer l’opération tout en invitant les initiateurs à l’améliorer pour éviter qu’elle ne finisse par lasser les populations au point de les amener à s’en détourner. En tout cas, aujourd’hui, on peut avoir l’impression, malgré le bilan fondé de l’opération, que c’est une affaire qui ne concerne que les autorités, les directeurs et chefs de services. Et l’on peut soutenir sans grand risque de se tromper, que ces derniers s’y intéressent non pas toujours par conviction, mais par le souci de ne  pas être pris à défaut par les initiateurs de l’opération. Au-delà de l’opération mana-mana, l’on peut se pencher sur la lutte contre l’insalubrité urbaine en général. Il s’agira, pour nous, d’abord, d’en dégager les causes et d’inviter les populations en général et les décideurs en particulier, à s’attaquer au mal à la racine, pour autant que l’on ait véritablement le souci de le réduire à sa portion congrue, à défaut de l’éradiquer. La première racine à laquelle il faut s’attaquer est en lien avec la corruption. C’est elle qui explique que très souvent, les caniveaux ne sont pas réalisés alors qu’ils sont prévus dans le cahier de charges.

 

Il faut faire en sorte que nos populations adoptent la culture de l’hygiène publique

 

Et les quelques rares fois où ils sont réalisés, ils pèchent par deux défauts majeurs. Le premier est qu’ils sont construits en foulant au pied toutes les règles techniques. L’autre défaut est qu’on ne se soucie guère de les fermer par des dalles dignes de ce nom, les transformant ainsi non seulement en des endroits très dangereux en termes de risques d’accidents, mais aussi en des poubelles où les riverains se débarrassent de leurs ordures.  Naturellement, l’argent qui devait être utilisé pour les réaliser selon les normes, est partagé entre coquins. Ces derniers sont généralement tapis dans les mairies, les entreprises et les autres services qui sont chargés de veiller à l’exécution des travaux. Le gouvernement a l’opportunité de la Transition pour prendre des mesures pour châtier ceux dont la responsabilité est établie dans ces magouilles et dissuader tous ceux qui seront désormais tentés de s’y adonner. La deuxième direction dans laquelle il faut aller, c’est de mettre à la disposition des usagers, suffisamment de bacs à ordures et veiller à les vider de manière régulière. Dans le même registre, on doit doter toutes les villes de toilettes et de latrines publiques. C’est l’absence de ces infrastructures qui peut expliquer que certains défèquent et urinent où ils veulent dans nos villes. Le musicien Sana Bob, pour ne pas le nommer, a évoqué cette thématique dans un de ses morceaux. Troisièmement, il faut curer systématiquement tous les caniveaux bouchés et enlever immédiatement les ordures et autres détritus qui en sont sortis. En effet, on peut faire le constat que lorsque l’on cure les caniveaux de nos villes, on ne se préoccupe plus de ce service après-vente, si fait que ces caniveaux sont immédiatement encombrés par les mêmes saletés. Si cela n’est pas un travail de fous ou d’insensés, ça y ressemble. De ce fait, les quelques rares travaux d’insalubrité que l’on mène dans nos villes, deviennent ridicules. Le plus grand et dernier combat que l’on doit mener pour rendre nos villes propres est d’agir sur les mentalités. En effet, c’est à ce niveau qu’il faut porter le curseur. C’est par là qu’il faut faire en sorte que nos populations adoptent la culture de l’hygiène publique. L’éducation à la salubrité pourrait être inscrite dans les curricula scolaires. Aujourd’hui, au primaire, au post-primaire et au secondaire, sont dispensés des cours en lien avec les thèmes émergents (l’environnement, la sécurité routière, le VIH/Sida, etc.) Il faut absolument y ajouter l’éducation à la salubrité. Et il ne suffirait pas de la professer. Il faut aussi la pratiquer dans nos écoles, nos lycées et collèges. Les apprenants, qui auront bénéficié de ce genre d’apprentissage, pourront à leur tour diffuser ces bonnes pratiques dans leurs communautés respectives. Un pays comme le Rwanda s’est lancé le défi de lutter contre l’insalubrité. Aujourd’hui, il peut se vanter de l’avoir relevé avec brio. Le Burkina devrait s’inscrire à son école.

 

G.K

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