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L’ELUE 111, ARTISTE- CHANTEUSE: « Il faut que les Burkinabè soient fiers de leurs artistes »

L’Elue 111 à l’état civil Toussiane Ebou Badélé est une jeune étoile montante de la musique burkinabè. Originaire de la province du Sanguié au Centre-Ouest du Burkina Faso, elle a été bercée des son jeune âge par la musique auprès de sa génitrice. Son parcours au sein des chorales lui permettra de se forger une carapace solide avant de se retrouver comme demi-finaliste au concours de chant Faso Académie en 2017. Auteure de plusieurs titres à succès comme « Mon amour pour toi », « Y’a rien dedans », « Teegue Wende » ou « On s’en fout », l’artiste dévoile tout à travers cette interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder. Elle nous parle de son parcours, de sa passion, de son quotidien, jette un regard sur l’évolution de la musique burkinabè et aborde sans détours d’autres sujets. Lisez plutôt.

Evasion : Comment allez-vous ?

L’Elue 111 : Je vais très bien.

 

D’où vient cette passion pour la musique ?

Ma maman chantait et j’étais habituée à l’entendre chanter des langues qu’on ne comprenait pas. Elle organisait des soirées de danse en famille et dans le quartier. Et c’est de là qu’est venue vraiment l’amour pour la musique. A l’école primaire, je faisais des classes de chants et de danse ainsi qu’au sein de la chorale des enfants. Je peux dire que tout est allé très vite depuis l’âge de sept ans. Il y a eu également mon passage à la congrégation Sainte Marie. Après, je suis allée à Dédougou une année pour la classe de seconde. C’est le format choral qui a pris le dessus chez les frères à Koudougou au Moukassa en classe de 1ère  et Tle entre 2015 et 2017 et je suis venue à Ouagadougou pour l’université.

 

Quelle a été la suite ?

Il faut noter que c’est pendant les vacances que j’ai participé à Faso Académie où j’ai quitté l’aventure en demi-finale. En première année à l’université, j’ai décidé de faire une chanson avec des amis. Comme j’étais loin des parents, c’est ce single qui m’a permise d’avoir un peu d’argent. C’est à partir de 2018 que j’ai vraiment commencé à fréquenter les scènes professionnelles.

 

Peut-on donc dire que c’est la maman qui vous a véritablement conduite dans la chanson ?

Oui, je dirai qu’à 99% c’est elle qui en est la base. J’aurais pu m’intéresser à autre chose comme le dessin ou à l’humour mais elle aimait les projecteurs mais son environnement ne lui permettait pas cela. Je pense que ça vient d’elle.

 

Dans la société traditionnelle africaine, il est difficile pour une jeune fille de se lancer dans la musique, peut-on dire que vous avez eu une chance ?

Je pense que j’ai mérité la carrière que je suis en train de faire. Pour que les parents me donnent leurs bénédictions dans la musique, j’étais obligée d’emmener les diplômes à la maison. Et moi j’ai tenu ce pari parce que j’ai accompli ce qu’ils voulaient.

 

Pour avoir été formée dans les chorales, pourquoi la musique chrétienne n’a-t-elle pas prit le dessus au niveau de votre répertoire ?

Au Burkina Faso, le gospel n’a pas de schéma financier, il n’y a pas une industrie assez forte comme le show-biz en tant que tel. Si je devais chanter uniquement dans ce registre, peut-être que j’allais travailler dans un bureau et le faire pour le plaisir ou par conviction et non pas le faire pour chercher de l’argent. Avec le temps, peut-être que c’est nous qui allons faire changer les choses.

 

Pour une artiste originaire de la province du Sanguié, quelle est la place du binon dans votre musique ?

J’ai été élevée assez loin de mes parents gourounsi, du coup je ne parle pas trop la langue. Je parle plus la langue de ma mère qui est le moré. Je suis en train de me rattraper en faisant des collaborations avec mes frères gourounsi. Ça prend le temps qu’il faut mais c’est envisageable. Je suis fière d’être gourounsi.

 

Votre premier single « Visage » a connu le succès à l’entame de votre carrière, quel est votre secret ?

Il y a de quoi rendre grâce à Dieu. J’étais en autoproduction quand je le faisais sortir et je suis fière d’avoir matérialisé cette carrière. Maintenant, j’ai une maison de production, j’ai signé avec la structure Samaya Production il n y a pas six mois de cela.

 

Quelle est la petite histoire de « On s’en fout » ?

La plupart de mes chansons sont écrites en fonction de ce que je vis autour de moi. J’étais à une période de ma carrière où j’entendais beaucoup de critiques et comme tout bon artiste, j’ai voulu peindre la situation comme je la sentais. Je suis au studio pour faire une chanson, je ne partais pas pour ça et c’est en fonction des mélodies que le refrain on s’en fout de ça est venu.

 

Qu’en est-il de vos projets ?

En ce moment, nous sommes dans la logique où nous faisons des singles pour me faire découvrir davantage par les mélomanes et après un concert est prévu. Nous n’avons pas encore de date mais après Koudougou, nous prévoyons un grand concert à Ouagadougou.

 

Quels souvenirs gardez-vous de votre participation à Faso Académie ?

(Elle éclate de rire) … C’était très douloureux et moi-même j’avais voulu arrêter de chanter. Ça m’a fait mal. Mais aujourd’hui, j’ai compris qu’il fallait passer par là. Si je n’avais pas échoué à cette phase je n’allais pas avoir cette rage de continuer. Mais aujourd’hui, je suis très contente du parcours.

 

Vous êtes titulaire d’une licence en marketing-communication, avez-vous rangé ce parchemin ?

Un peu oui. Après la licence j’étais allée m’inscrire pour un master en management de projets, moi-même ça me rend fière de brandir mes diplômes dans ce milieu parce que beaucoup pensent que la musique c’est pour ceux qui n’ont pas réussi à l’école. Quand je me suis inscrite en master, il y a eu beaucoup d’opportunités à l’extérieur, je suis allée tourner une télé-réalité en Côte d’Ivoire organisée par Emma Dobré pendant deux mois. Et quand je suis revenue, la session avait déjà commencé mais cela me tient à cœur.

 

Peut-on savoir votre quotidien ?

Au réveil, je dis merci à Dieu et ensuite je vais voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Quand je n’ai pas un programme particulier, je lis beaucoup. Dans la soirée je vais répéter au piano et je finis ma journée avec les messes de 18h. Après, je rentre à la maison, c’est la télé et le téléphone. Mais quand il y a les scènes, il faut compter les répétitions et certaines courses aussi.

 

Quel est votre regard sur l’évolution de la musique burkinabè ?

Ça va énormément bien au niveau de la production. Tout le monde s’améliore. Mais au niveau de la consommation, il y a beaucoup à faire.  Je ne sais pas au juste ce qui justifie cela. Il faut que les Burkinabè soient fiers de leurs artistes car on a tout pour rivaliser avec ce qui vient d’ailleurs.

 

Vivez-vous de votre art ?

Oui je vis de mon art. La musique c’est comme un boulot normal.

 

Peut-on savoir votre situation matrimoniale ?

Je n’aime pas en parler. Je ne mélange pas le travail et vie personnelle.

 

Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans la musique ?

Ce serait à bras ouverts. Mais avec l’expérience que j’ai, je pourrai mieux le diriger et le conseiller. Je suis très ouverte à ça et il faut qu’un de mes enfants prenne mon talent.

 

Vous avez posé des actes caritatifs auprès des déplacés internes, d’où vient ce côté social en vous ?

Depuis que je suis enfant, on m’a appris le partage. Ce sont des valeurs que je partage depuis toute petite. Et en étant artiste, je me suis dis que c’est un moyen de rendre ce que le public me donne. Il faut donner de bons exemples.

 

Qu’avez-vous à dire à vos fans ?

J’encourage tout le monde dans son domaine respectif à tenir bon. Je leur dis infiniment merci pour leurs soutiens indéfectibles.

 

Quel est votre mot de la fin ?

Je vous dis merci pour l’attention et la considération. Vivement que la paix revienne au Burkina Faso.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

 

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