Guérir du complexe d’infériorité exige de cesser de lutter contre le monde extérieur pour enfin affronter le tribunal intérieur que nous avons nous-mêmes érigé. Il faut oser regarder en face ce juge tyrannique et lui retirer le pouvoir de vie et de mort qu’on lui a bêtement accordé dans l’enfance. La liberté commence le jour où l’on comprend que personne, absolument personne, n’a le pouvoir de nous dévaloriser sans notre propre consentement.
*Lorsque l’inconscient est persuadé de sa propre nullité, il met en place des mécanismes de sabotage redoutables dès que le succès ou l’amour approchent. L’individu gâche lui-même ses chances professionnelles ou détruit son couple parce qu’il estime, au fond de lui, qu’il ne mérite pas d’être heureux. Il préfère recréer le chaos familier de l’échec plutôt que d’affronter l’angoisse d’une situation positive qu’il ne sait pas gérer.

*Le complexe d’infériorité ne ronge pas seulement l’esprit, il s’inscrit profondément dans la chair, modifiant la posture même de l’individu. Les épaules voûtées, le regard fuyant, la démarche hésitante et la voix étouffée sont la traduction physique d’une âme qui demande pardon d’occuper un espace sur cette terre. Le corps ne ment jamais : il crie la certitude inconsciente de l’indignité que l’intellect tente de camoufler.
*Quémander perpétuellement des compliments et de la reconnaissance extérieure est le drame de celui qui ne s’aime pas. N’ayant aucune fondation solide à l’intérieur de lui-même, ce névrosé dépend entièrement du regard d’autrui pour se sentir exister. Il devient le caméléon de son entourage, sacrifiant sa propre vérité pour acheter une paix et une validation éphémères.
*Le rôle suprême des parents n’est pas d’attacher l’enfant à la maison, mais de travailler activement à se rendre parfaitement inutiles. Une éducation réussie est une rupture réussie, où le jeune adulte quitte le cocon sans haine, sans dette affective et sans béquilles. C’est le laisser partir vers son propre destin avec la certitude absolue qu’il possède en lui toutes les forces pour l’affronter.
*L’estime de soi d’un adulte se construit dans le regard que ses parents ont posé sur lui durant les dix premières années de sa vie. Si ce regard était chargé de déception, de froideur ou d’indifférence, l’édifice intérieur sera fragile, vacillant au moindre vent critique. Valoriser un enfant pour ce qu’il est, et non pour ses performances, c’est lui injecter un bouclier psychique indestructible.
*L’individu qui écrase les autres tente désespérément de se prouver à lui-même qu’il existe et qu’il possède une valeur. Ce tyran de salon est en réalité un enfant terrifié qui hurle sous son armure, confondant la tyrannie avec l’affirmation de soi.
*Celui qui souffre de complexe d’infériorité ne vit pas sa propre vie : il passe son temps à se mesurer à un idéal extérieur totalement fictif. Chaque réussite d’autrui est vécue par son inconscient comme une agression personnelle et une preuve supplémentaire de sa prétendue déchéance. En s’enfermant dans ce jeu de miroirs truqué, il s’interdit de découvrir sa propre valeur, qui est par nature unique et incomparable. Des millions d’Africains en général, et de Burkinabè en particulier, souffrent de cette terrible frustration intérieure faisant ainsi de l’électrification psychique une denrée incontournable.
*On utilise trop souvent la culpabilité comme un levier pour obtenir l’obéissance immédiate d’un enfant en détresse. En lui faisant porter la responsabilité du bonheur ou de la santé de ses parents, on charge ses frêles épaules d’un poids surhumain. Cet enfant grandira avec la sensation diffuse d’être de trop, s’excusant perpétuellement d’exister et s’interdisant le droit au bonheur.
*Comme j’ai eu à le souligner dans ma substantifique moelle, dire à un enfant « si tu ne fais pas cela, je ne t’aime plus » est l’une des phrases les plus destructrices qui soit pour sa structure mentale. Ce chantage affectif installe une insécurité fondamentale qui va ronger l’individu pendant toute sa vie d’adulte. Il intègre que son droit à l’existence et à la tendresse dépend de sa soumission, jetant les bases de futures dépendances amoureuses.
*Le système éducatif et familial traditionnel commet souvent le crime de tuer le génie spontané de l’enfant pour lui substituer le conformisme. On punit l’audace, on normalise la pensée, et l’on confond la discipline constructive avec le dressage pur et simple. A force de briser les élans de liberté d’un jeune être, on en fait un adulte tiède, inhibé, qui aura peur de toute originalité. C’est tout le mal de notre société.
Roch Armel BAKYONO
Economiste
Parapsychologue-expert
Directeur du cabinet CECRAB
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