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ARRETE INTERDISANT LA MENDICITE DANS LA VILLE DE BOBO: Le contexte national s’y prête-t-il ?

On se croirait dans le récit de la romancière sénégalaise, Aminata Sow Fall, La grève des Bàttu ou Les déchets humains. La commune de Bobo-Dioulasso vient de rendre public un arrêté interdisant l’exercice de la mendicité à titre habituel aux intersections, carrefours, ronds-points, artères principales et autres lieux de la ville. A priori, il faut saluer cette mesure qui vise à débarrasser la  belle ville de Sya de ces hordes humaines composées essentiellement de femmes et de groupes de mômes qui pullulent. L’on le sait, ce phénomène qui a la peau dure, est source de nombreux maux dans la société : la délinquance sous toutes ses formes dont les plus évidentes sont le vagabondage, le vol, l’escroquerie, la prostitution, la toxicomanie, la propagation de maladies contagieuses et  le développement d’un sentiment général d’insécurité. De plus, la mendicité, il faut le dire, nuit à l’image du pays  en plus de ce quelle entraine l’irresponsabilité et l’inconscience de ceux qui la pratiquent. Pour les plus petits, elle est source de déscolarisation et amplifie le phénomène des enfants de la rue et dans la rue. Enfin, les mendiants constituent dans bien des cas, une charge pour la société. On comprend donc que la délégation spéciale qui préside aux destinées de la commune de Bobo-Dioulasso, veuille bien se débarrasser de ce fléau spécial.

 

Il aurait fallu s’attaquer aux causes du phénomène

 

L’on pourrait même dire qu’elle s’essaie à une opération de salubrité publique surtout en ce moment où la capitale culturelle et économique se pare de ses plus beaux atours pour accueillir la biennale de la culture burkinabè. Mais le contexte national se prête-t-il à une telle décision ?

L’on peut en douter ; tant il faut reconnaître que de nombreux mendiants sont issus des rangs des Personnes déplacées internes (PDI) qui ont fui, à leur corps défendant et parfois dans l’indigence la plus extrême,  les zones d’insécurité pour se réfugier dans les centres urbains plus sécurisés. Dépourvues de leur seul moyen de production qu’est la terre, elles sont parfois contraintes à la mendicité pour vivre. L’on sait, par ailleurs, que certaines pratiques religieuses et traditionnelles alimentent aussi le phénomène de la mendicité et sont fortement ancrées dans le subconscient des populations. Dans un tel contexte, l’on se demande si les autorités communales de Bobo-Dioulasso ne prennent pas l’ombre pour la proie. Autrement dit, pour que la mesure soit efficace, il aurait fallu s’attaquer aux causes du phénomène même si l’on peut en convenir que toutes ne sont pas du ressort de la délégation spéciale. Mais pour le moins, il fallait faire preuve d’abord de pédagogie en procédant à des séances de sensibilisation pour les groupes sociaux qui sécrètent le phénomène de la mendicité ou en offrant des alternatives aux mendiants qui sont parfois plus victimes que coupables. Sans ces mesures préalables, l’application du nouvel arrêté prendrait l’allure d’une chasse à l’homme avec le risque que le phénomène bascule dans une clandestinité hautement plus dangereuse et pernicieuse.

 

P.K

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