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TALATA D’AFRIKA, ARTISTE-MUSICIEN « Aucun homme ne peut être sûr de ses fondations s’il n’a pas une dimension spirituelle »

Jusque-là, le public burkinabè le connaît sous le nom Frère Christian Boglo. Celui connu pour sa spiritualité et ses révélations, est aussi un homme de culture et un artiste-musicien du nom Talata d’Afrika. Cette dernière facette, beaucoup sont ceux qui vont la découvrir dans cet entretien réalisé par votre magazine Evasion. Talata d’Afrika, c’est un nouvel album intitulé : « Dieu est Tout Puissant ». Lisez plutôt !

Evasion : D’où vient le nom Talata d’Afrika ?

 

Talata d’Afrika : Ce nom vient de ce que, depuis toujours, j’ai été quelqu’un de très malheureux de la situation de l’Afrique. Talata en langue mooré signifie « mardi ». Africa correspond à un réveil de l’Afrique. Le réveil de l’Afrique un mardi. J’ai pris ce nom d’artiste qui a été enregistré au BBDA. Je l’ai gardé parce que, si vous réfléchissez aux conditions de l’Africain, vous avez soif d’un réveil de l’homme noir. Quand vous prenez les normes économiques, sociales et que vous classez les pays et les gens, vous vous rendez compte qu’un peu partout, on dit que les Africains sont derniers. C’est triste. Personnellement, je me sens révolté et je souhaite que tous les Africains soient révoltés. Pas révoltés pour aller détruire mais révoltés contre soi-même, révoltés contre notre passivité, notre insouciance.

 

Voulez-vous dire que Talata d’Afrika, c’est un appel au réveil de l’Afrique ?

 

Tout à fait.

 

Vous vous apprêtez à mettre sur le marché un album : « Dieu est Tout Puissant ». Dans quelles conditions a-t-il été enregistré ?

 

Cet album a été produit avec une grande passion, une grande détermination. Il veut faire passer des messages qui vont corriger, sensibiliser ; des messages qui sont l’expression de ce que je suis corporellement sur les scènes de musique. Des messages à l’adresse de la jeunesse africaine qui détient toute l’énergie aujourd’hui et qui a besoin d’être galvanisée. Quand vous prenez tous les titres de cet album, ils sont en rapport avec des goulots d’étranglement sur des comportements de nos dirigeants eux-mêmes, ceux-là qui cassent souvent l’élan de bien-être, de paix et d’épanouissement des populations.

 

Pourquoi avoir écrit un titre sur Norbert Zongo ?

 

J’étais dans la cour de la Télévision nationale le jour où on a assassiné Norbert Zongo. Le chef de programme de la télé, Ouédraogo Souleymane, m’appelle dans son bureau et me dit : « Christian, on a tué Norbert Zongo ». J’ai vu après les images de son assassinat et j’étais perdu (il fond en larmes). Je me suis demandé si j’étais un être humain. Qu’est-ce qui se passe pour que des éléments d’une armée prennent des armes et aillent tuer des gens et les brûler jusqu’à carboniser ? Et l’Etat reste silencieux sans rien dire ? J’étais révolté. Arrivé à la maison, je me suis enfermé dans ma chambre ne voulant rien savoir. C’est là que j’ai composé le titre pour interpeller et faire changer la société.

 

Quel regard portez-vous sur notre société d’aujourd’hui en référence aux valeurs que défendait Norbert Zongo ?

 

Dans notre société actuelle, je vois un climat où les gens semblent paniqués, apeurés. J’interpelle ceux qui peuvent s’exprimer pour que les choses ne dérapent pas. Je suis d’accord pour ce réveil de l’Afrique à travers ce que fait le chef de l’Etat. Je suis d’accord pour l’orientation fédéraliste que j’attendais depuis longtemps. Je suis d’accord pour les actions de reconquête du territoire et les idées nouvelles très constructives qui font la fierté de tout Africain. Maintenant, la question est de savoir comment faire accepter ces idées par tout le monde et ne pas créer une zone d’exclusion, une zone qui détruit ceux qui s’expriment. En tant qu’artiste et en tant que ce que je suis, je dis qu’il faut éviter d’aller dans le sens de l’exclusion et de la répression contre ceux qui s’expriment. Il faut aller dans le sens de la sensibilisation pour que tout le monde adhère.

 

Depuis quand faites-vous de la musique ?

 

J’ai commencé la musique dans les années 90. A l’époque, j’avais déjà plusieurs morceaux dont un sur le Sida, « Sida y a siida » (le Sida est réel, ndlr). Avec cette chanson, je me suis retrouvé demi-finaliste d’une compétition organisée par une marque de cigarette à l’époque, de concert avec la Télévision nationale.

 

Pourquoi le titre de l’album « Dieu est puissant » ?

 

J’ai traversé tellement de difficultés pour que cet album soit aujourd’hui réel. Mes prières et mes jeûnes m’ont accompagné. C’est ma façon de regarder cet Etre supérieur, Dieu, qui peut venir en aide à tout le monde. Par exemple, il y a des situations où si ce n’est pas grâce à cet Etre supérieur, le titre Norbert Zongo n’allait jamais sortir. Nous n’avons qu’un petit temps à passer sur terre. Si à chaque fois que quelqu’un a une parcelle de pouvoir qui n’est qu’éphemère, essaie de détruire les autres et les empêche de vivre, la vie ne serait plus ce qu’elle doit être. Dieu est puissant et celui qui s’adosse à lui, n’est pas déçu. C’est ma ferme conviction.

 

Le fait d’avoir pu produire votre album malgré les difficultés, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

 

Je voudrais à travers cet album dire à la jeunesse, à tout Africain, de ne pas désespérer. Il faut tenir ferme et faire preuve de persévérance, les résultats sont au bout. On arrive toujours à la satisfaction quand on arrive à la destination.

 

Vous êtes enseignant aussi. Depuis quand enseignez-vous ?

 

J’ai commencé à enseigner le dessin, depuis 1978 au Collège Notre-Dame de Kolog-Naaba à Ouagadougou. Avant le Collège Notre-Dame de Kolog-Naaba, j’étais un artiste portraitiste, un artiste peintre confirmé. Je donnais des cours particuliers en dessin dans différentes ambassades comme celle de la France, des Etats-Unis, de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne. J’aime l’art et j’aime communiquer. J’ai enseigné plusieurs années dans plusieurs écoles en dessin de coiffure pour les futures coiffeuses. Cet amour de la culture m’a conduit dans plusieurs centres de formation, notamment l’INAFEC. Je suis également diplômé des Sciences et techniques de l’information et aussi du cinéma. Je suis parti à Paris où j’ai fait l’Ecole de cinéma en option Réalisation et production. Quand je suis revenu, j’ai commencé à prester dans différents domaines.

 

Quelle appréciation faites-vous du cinéma burkinabè ?

 

Je l’ai dit plusieurs fois dans des articles. C’est la catastrophe. Comme c’est une affaire d’importantes sommes d’argent, c’est devenu du copinage du sommet jusqu’en bas. Ce n’est pas de l’art ; ce n’est plus la volonté de faire briller l’art. On était les premiers en matière de cinéma dans la sous-région. Aujourd’hui, le Nigéria, qui était derrière nous, nous a dépassés de très loin. Le Ghana venait prendre l’expertise chez nous. Il faut le dire encore, c’est une maladie des Africains : « Toujours le « moi »; « c’est » « moi » toujours ». Ceux qui sont bons, on les détruit.

 

Certains diront que vous n’êtes pas arrivé à vous insérer dans le système. D’où le fait que vous soyer amer !

 

Je ne vais pas me compromettre avec X ou Y pour avoir un financement. On m’a proposé des choses et j’ai refusé parce que les conditions allaient à l’encontre de mes valeurs. Il est certainement temps de dire à certains, d’arrêter de bloquer les autres.

 

Vous appréciez le chef de l’Etat actuel mais vous dites qu’il doit se méfier de son entourage. Pourquoi ?

 

Tout à fait. Je sais que le chef de l’Etat ne va pas tuer quelqu’un. Il a ses convictions mais ce n’est pas celle d’arracher la vie à quelqu’un. Il faut se méfier de ceux à qui on donne des missions. J’ai lu les informations sur l’arrestation de l’ex-chef d’Etat-major de la Gendarmerie devant ses enfants dont l’âge n’atteint pas les 10 ans. J’interpelle le chef de l’Etat à travers votre canal. Je suis sûr que Ibrahim Traoré n’est pas pour ce qui se dit et se fait parce que je sais qu’il a un fils qui a cet âge. Il n’aimerait pas que ses enfants voient des scènes de ce genre. On doit faire en sorte que les enfants ne soient pas déjà sujets à ces  situations. Je suis éducateur et je côtoie les enfants. Beaucoup d’enfants sont les résultats de ce qui s’est passé dans leur vie. Et quand c’est très négatif, vous avez un être humain qui ne veut plus rien comprendre. En tant qu’artiste, j’interpelle le chef de l’Etat pour qu’il regarde comment les missions sont accomplies. Et cela pour que les supporters du chef de l’Etat, ceux qui jeûnent et prient pour lui, ne soient pas déçus de cette situation. J’espère que le chef de l’Etat réagira. Mes pires injustices, je les ai vécues pendant la révolution. Quand on a le pouvoir et la légitimité, il faut faire attention.

 

On a l’impression que vous aviez mis sous l’éteignoir votre côté d’acteur culturel au profit de la spiritualité. Est-ce exact ?

 

Si vous ne le savez pas, observez bien. Aucun homme ne peut être sûr de ses fondations, s’il n’a pas une dimension spirituelle. Ce monde est hautement spirituel. Pendant que tu crois que tu as la force et que tu es intelligent, on t’écarte par le spirituel qui est malheureusement à plus de 80% négatif. Certains s’adossent sur ça pour avancer dans la vie. Toi tu finis tes études, en intellectuel. Tes dossiers sont bien mais ils ne passent pas. Ce sont les dossiers du nullard qui passent parce qu’il est adossé à un spirituel qui dégage tout sur son chemin. Toi-même, mentalement et moralement, tu n’es pas solide parce que tu n’as pas un appui spirituel. A un moment donné, j’étais bloqué de tous les côtés. J’ai réfléchi et je suis allé chercher le spirituel. C’est ainsi que j’ai tout abandonné pour ne garder que le strict minimum. L’Esprit Saint m’a guidé et conseillé. Je vous le dis, faites tout pour avoir une fondation spirituelle sinon vous êtes perdus d’avance.

 

Vous avez été partie prenante dans la création des prix Galian. Pouvez-vous en dire davantage ?

 

Gloire à Dieu, Mahamoudou Ouédraogo est toujours vivant. Je suis parmi plusieurs, dont Souleymane Ouédraogo de la TNB (à la retraire), le regretté Bado Jean-Claude… qui ont été les premiers à travailler sur les prix Galian. Nous avons travaillé dans une salle de la Télé nationale, pendant des jours pour pouvoir identifier les lauréats. On a fait un travail énorme sans un franc. On n’était pas payé. On n’avait même pas d’eau pour boire. On avait offert des Masques d’or et les Masques d’or sont devenus les prix Galian. Malheureusement, par la suite, nous sommes jetés à la poubelle. Je n’ai jamais reçu d’invitation pour les prix Galian. J’espère que pour la prochaine édition, je vais prester sur scène et faire passer mon message.

 

Pensez-vous que votre contribution au rayonnement de la culture au Burkina Faso, n’est pas reconnue ?

 

Pas du tout. Mais, personnellement, je ne voudrais pas et je ne réclame pas qu’on me reconnaisse quoi que ce soit. Déjà, je suis très heureux d’avoir contribué à former beaucoup de gens qui sont des cadres aujourd’hui. Je suis content de voir mes étudiants à l’INAFAC réaliser des œuvres d’art grandioses.  Le plus important, ce n’est pas d’attendre qu’on vous reconnaisse mais c’est vous et vous-même. A un moment donné, on va se questionner sur ce qu’on aura fait de notre vie. Nous avons fait des activités gratuitement, sans être payés pour quoi que ce soit. Cela fait qu’on a de la maturité aujourd’hui. Celui qui ne te rémunère pas pour le travail que tu fais, ne sait pas qu’il est en train de te former. A un moment donné, ton expérience sur la table.

 

Pour votre album, qu’est-ce qui est prévu pour sa promotion ?

 

J’ai déjà entamé une pré-promotion. J’ai distribué des clés USB avec la chanson dédiée à Norbert, à plusieurs radios. J’ai une vision personnelle dans le métier. Je voudrais toucher les cœurs. J’ai prévu une promotion nationale avec une stratégie bien particulière à mois. Il y a un travail minutieux qui est prévu. Du point de vue présence sur scène, je me suis aussi préparé pour conquérir les publics.

 

 

 

Votre dernier mot pour clore cet entretien ?

 

Mon dernier mot, c’est de remercier toutes les personnes qui ont été sur mon chemin de vie. Je voudrais remercier le staff de Safari Productions, ma famille, notamment ma fille qui a dû surmonter les contraintes de mon activité. Je voudrais remercier des personnes qui, dans l’ombre, m’ont été d’un grand soutien. Je remercie enfin votre journal et le public burkinabè.

 

Propos recueillis par la Rédaction

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