Né à Zorgho dans le Ganzourgou, Lintelectuel Kaboré, à l’état civil Hamado Kaboré, a grandi dans la commune de Mogtedo avant de regagner Abidjan. Transfuge du mythique groupe humoristique les Zinzins de l’art, en Côte d’Ivoire, il fait partie des sommités de l’humour sur le continent africain.
Présent à Ouagadougou pour les préparatifs de son prochain One Man Show du 13 mai, nous l’avons rencontré pour vous. A travers cette interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder, l’artiste nous parle de son parcours, de son quotidien, de ses rapports avec les humoristes burkinabè, jette un regard critique sur l’humour africain. Il affirme que Kaboré n’est pas un nom d’emprunt, mais plutôt son nom de famille. Il aborde également sans détours d’autres sujets croustillants et lève le voile sur sa situation matrimoniale. Lisez plutôt !

Evasion : comment allez-vous ?
Lintelectuel Kaboré : je vais super bien.
D’où vient cette passion pour les arts ?
C’est la sublimation d’un désir inconscient, la satisfaction d’un désir imaginaire et c’est l’une des rares armes avec laquelle on peut toucher des cœurs sans toutefois heurter, blesser ni faire couler des larmes. Et ça, je préfère.
Quelle a été votre petite enfance à Mogtedo ?
Je suis né à Zorgho, j’ai grandi à Mogtedo. Je crois que j’étais la seule personne qui ne savait pas qui j’étais en réalité. Sinon, tous les instituteurs voyaient déjà l’artiste, je sortais depuis la classe de CE2 pour aller faire des répétitions avec les élèves de CM2 à l’école Centre de Mogtedo. Et c’est de fil à aiguille que moi-même je me suis découvert ce talent.
De la sculpture à la musique pour atterrir à l’humour ; qu’est-ce qui justifie cela ?
C’étaient des étapes. Déjà, c’était très difficile quand on est issu d’une famille pauvre ; on ne pouvait pas commencer dans un métier de ce genre, les parents auront du mal à comprendre. Donc il fallait commencer quelque part, de l’école à la sculpture pour avoir de quoi manger. Ensuite, je voulais faire la musique mais je ne savais vraiment pas que ce n’était pas ce talent que j’avais. C’est avec les arts de la sculpture que j’ai pu atteindre l’objectif du théâtre, de l’humour et ainsi de suite.
Pourquoi avez-vous décidé de vous installer à Abidjan ?
Au moment où je partais, le métier que je voulais faire n’était pas vraiment très populaire ici et les seuls humoristes à l’époque c’était Génération 2000 qui ne faisait pas vraiment de l’humour. Ils étaient plus danseurs et c’est dans leur danse qu’ils mettaient de l’humour. Donc, il fallait aller vers où c’était développé. Il y avait les Bamba Bakary, Adama Dahico et bien d’autres en Côte d’Ivoire qui avaient déjà un certain niveau. Donc il fallait se rapprocher de ces gens et du tout coup, c’est pour ça que je suis parti en Côte d’Ivoire.
Comment s’est faite votre rencontre avec Alain Lucasse ?
Nous nous sommes rencontrés au sein de la RTI pour un casting en 2008. Le casting, c’était peut-être un coup du destin car nous avions été sélectionnés ensemble pour jouer un sketch. Tout s’est bien passé et nous avons démarré comme ça. Ensuite la RTI nous a sollicités pour « Bonjour 2012 » et c’est parti, c’était le véritable déclic.
Pourquoi les Zinzins de l’art ?
Les Zinzins c’est la folie. C’est une folie dans le bon sens, c’est la passion très élevée pour l’art. C’est aussi une unité militaire pour beaucoup de pays, c’est une unité d’élite qu’on envoie quand tout va vraiment mal.
Mais qui a trouvé l’idée du rôle de sourd-muet pour Lucasse ?
(Eclat de rire) … C’est moi. Chaque fois qu’il composait, il m’expliquait le cas d’un muet qui est dans son quartier et qui régulait la circulation. Et il l’imitait tellement bien que je lui ai dit qu’on peut bien en faire quelque chose. Au départ, il a dit qu’il ne pouvait pas monter sur la scène avec cela car c’est ridicule. Et quand « Bonjour 2014 » m’a appelé pour aller jouer tout seul, parce que les gars ont trouvé qu’on était trois et que c’était très lourd alors qu’ils voulaient une seule personne, le choix de la RTI s’est porté sur moi. Et j’ai dit non en insistant que moi je vais jouer avec Lucasse, mais ce dernier m’a dit qu’il ne pourrait pas jouer le rôle de sourd-muet. Je lui ai donc dit que si c’est ainsi, j’irai jouer seul. Il n’avait pas le choix, donc il est venu, nous sommes montés sur scène et c’était le véritable déclic. Et c’est à partir de ce rôle de sourd-muet que nous avons pris pour la première fois un avion. Et ironie du sort, la première fois qu’on a pris l’avion, c’était pour venir à Ouagadougou.
Vous serez en One Man Show le 13 mai prochain à Ouagadougou. Pourquoi un spectacle cent pour cent en mooré et qu’est-ce qui va se passer réellement ce jour-là ?
Ce qui va se passer réellement, je ne vais pas vous le dire sinon les gens ne vont plus venir. Un spectacle en mooré parce que c’est une très belle langue et l’Afrique a besoin de s’auto promouvoir. Thomas Sankara le disait, si nous ne faisons pas les louanges de nos ancêtres, de nos valeurs, personne ne le fera à notre place. Ensuite, ça va dans la droite ligne de la politique africaine de maintenant. C’est vrai, quand j’ai annoncé, pour la première fois, que le spectacle serait en mooré, les gens étaient stupéfaits et satisfaits à la fois. On a vu les grands frères qui ont commencé sur les ondes ; il y a Pivot, Boussanguilga, Rasmane Bassam, Sid-Naaba, Kontang Gnaaga et bien d’autres. C’était de l’humour. Et je crois que c’est un pari à essayer.
Qu’avez-vous à dire à vos fans ?
Je les invite au One Man Show du 13 mai prochain ; si ça marche, c’est le Burkina Faso qui gagne. Il y a de grands noms qui viendront soutenir l’évènement et ça coïncide avec le 15 mai qui est la journée dédiée aux traditions et coutumes ; nous démarrons deux jours avant avec le rire.
Quels sont les souvenirs qui vous ont beaucoup marqué à travers vos différents voyages dans le monde ?
D’abord, c’est le retour au pays et j’ai eu mon premier spectacle pour le Firho en 2014 ; je salue Augusta Palenfo au passage, ensuite je suis venu pour le Ouistiti d’or de Salif Sanfo. Et à chacune de mes prestations, quand je glisse une ou deux phrases en mooré, les gens sont abasourdis, ils se demandent si je ne suis pas un Ivoirien. Kaboré n’est pas un nom d’emprunt, c’est mon nom de famille. Donc ça m’a véritablement marqué que les gens pensent que je suis Ivoirien et découvrent avec satisfaction que je suis un véritable Burkinabè et un Mossi de surcroît. Et ça c’est quelque chose qui me touche beaucoup.
Que pensez-vous de l’évolution de l’humour africain ?
L’Afrique est en train de faire son petit bonhomme de chemin. L’Afrique rit, l’Afrique sait rire, ce n’est pas seulement la guerre, la famine. Et il faut soutenir l’humour car c’est à travers l’humour que nous faisons passer ce genre de messages. Il n’y a pas un véritable festival d’humour dans le monde sans un Africain. Et au niveau du Burkina, il y a de grosses têtes et une bonne pépinière.
Quels sont vos rapports avec les humoristes burkinabè ?
Ce sont d’excellents rapports. Récemment, j’étais là pour former les plus jeunes, j’ai travaillé avec El Présidenté et bien d’autres. Et à chaque fois que je suis, c’est vraiment la bonne ambiance.
Vivez-vous de votre art ?
Oui, je vis à cent pour cent de mon art. J’écris, je monte sur scène et je forme.
Peut-on savoir votre quotidien ?
Mon quotidien est diversifié par rapport aux besoins et aux actualités. Si par exemple dans deux mois je dois faire « Le Parlement du rire », ce sont les écritures et aller fouiner dans les informations, avoir une culture générale bien élargie sur le monde pour pouvoir sortir des sketchs. Quand il s’agit par exemple d’un plateau international, il faut des sketches universels pour pouvoir véritablement faire rire les gens. Mes journées sont remplies de fouilles et d’observations.
Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans l’humour ?
Je ne ferais que l’encourager et lui dire qu’il n’y a pas mal de soucis dans ce milieu. Donc, il faut savoir choisir comment aborder les thèmes parce que souvent, en voulant faire rire, on peut heurter des sensibilités. On a besoin d’un coaching. Contrairement à mon père qui ne comprenait pas comment quelqu’un peut faire rire des gens et gagner de quoi se nourrir. Il ne savait pas que l’humour peut nourrir son homme. Aujourd’hui, quand il me voit sur les chaînes de télé, il est fier et il appelle ses amis pour leur dire que je suis son fils.
Quelle est votre situation matrimoniale ?
Je ne suis plus marié, je suis père de deux enfants, une fille et un garçon. Il y a ma fille Kaboré Awa Yennega et Kaboré Nongbzanga.
Qu’avez-vous à dire pour conclure ?
Je dis un grand merci à mon comité d’organisation à travers Issa Siguiré ; j’appelle les Burkinabè à sortir massivement le 13 mai pour qu’on s’amuse, pour qu’on rit. Dans le rire, on peut éduquer, on peut dénoncer dans le bon sens et sensibiliser. Merci à Evasion.
Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON
