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EMPEREUR DEMGUI, SLAMEUR-REALISATEUR-REGISSEUR: « Le Show-biz est un milieu pleins d’hypocrites »

Connu dans le milieu du show-biz sous le pseudonyme d’Empereur Demgui, ce jeune slameur, régisseur et réalisateur, est originaire de la région du Centre-Est, plus précisément de la localité de Baskouré, près de Koupéla. A l’état civil Prospère Wendgounda Guedem, il est né à Marcory-Anoumambo en république de Côte d’Ivoire où il passa son enfance avant de se retrouver au bercail à l’âge adolescent.

A travers cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, il nous parle de sa passion pour les arts, de son parcours qui l’a conduit dans plusieurs médias du Burkina Faso, de son quotidien, de son nouveau film documentaire « Nonga Naré ». Il  jette un regard critique sur l’évolution du show-biz burkinabè, aborde sans détour d’autres sujets tout en levant le voile sur sa situation matrimoniale. Lisez plutôt.

 

Evasion : Comment allez-vous ?

 

Empereur Demgui: je vais très bien.

 

 

 

 

D’où vient cette passion pour les arts ?

 

Cela a été très compliqué dès le départ, car je suis issu d’une famille très chrétienne. Donc, dès le bas âge, c’était la catéchèse. Le papa, paix à son âme, voulait que je sois un prête mais moi je n’en voulais pas. Je me suis retrouvé dans la formation en soudure et mécanique auto. Mais cela n’a pas abouti car la passion des arts est en moi depuis la petite enfance. Alors, j’ai commencé par la fabrication des instruments traditionnels au village artisanal à Ouagadougou.

 

Et quelle a été la suite ?

 

Je me suis retrouvé à Seydoni production, à la radio des Ecoles, RMO, Pulsar, et huit ans à la télévision Bf1. La chorale a beaucoup contribué à réveiller cette passion qui sommeillait en moi. J’ai vraiment cultivé cet amour pour la culture. Je me suis engagé dans la musique slam et la formation en cinéma auprès du doyen Gaston Kaboré et à Média 2000 en réalisation et écriture de scenario.

 

Où êtes-vous avec votre carrière de slameur ?

 

Je n’ai pas rangé ma carrière de slam car cet art est dans mes gènes. Je continue d’écrire dans ce sens. Depuis que j’ai sorti mon premier album slam en décembre 2012, il y a eu un feat avec Dicko Fils et je n’arrête pas de mettre des titres en boîte. Un jour viendra où je vais encore surprendre les mélomanes et mes fans.

 

 

Du slam à la régie des évènementiels et des plateaux télé, est-ce une reconversion ?

 

Au Burkina Faso, je suis le tout premier régisseur-télé car c’est une branche qui n’existait pas au niveau des chaînes de télévisions. Cette aventure a commencé à Bf1 avec l’émission Zénith Mag. Et j’ai poussé cette filière au niveau des spectacles. Actuellement, je suis le régisseur de plusieurs festivals.

 

Ensuite, vous vous êtes retrouvez dans la réalisation. Peut-on dire que vous êtes toujours à la recherche de vos repères ?

 

(Il éclate de rire) … La réalisation est ce que j’ai toujours voulu faire, j’ai toujours voulu m’exprimer en images et en son. Dans la vie, il faut être patient pour y arriver. Cela ne veut pas dire que je suis à la recherche de mes repères, non. Actuellement, je me suis beaucoup concentré à la réalisation et cela a abouti à la sortie d’un nouveau film documentaire qui sera lancé officiellement le vendredi 15 septembre à la maison de la culture Jean Pierre Guingané. Et je veux aller très loin avec la casquette de réalisateur.

 

Quel est votre regard sur l’évolution du show-biz burkinabè ?

 

Au plan artistique, il y a un grand pas positif qui a été amorcé. Aujourd’hui, il y a de la matière de qualité pour les médias, les mélomanes et les promoteurs. Les jeunes se battent pour positionner les œuvres au-delà des frontières, dommage car cela devrait se faire depuis longtemps. Je me suis donné gratuitement corps et âme pendant plus de vingt ans pour des gens qui ne sont pas reconnaissants aujourd’hui, c’est un milieu plein d’hypocrites, il n’y a pas la solidarité.

 

Que rencontrez-vous comme difficultés majeures ?

 

L’une des difficultés majeures est le manque de carnet d’adresses. Secondo c’est le manque criard de moyens financiers.

 

Pensez-vous qu’il y a véritablement une politique de promotion culturelle ?

 

Non, je ne pense pas. Cela ne veut pas dire que je balaie du revers de la main l’effort qui est déjà fait.

 

Pouvez-vous nous parler de votre nouveau film documentaire qui sera lancé le vendredi 15 septembre ?

 

Ce film intitulé « Nonga Naré » retrace le parcours de quelqu’un que je considère comme un trésor humain vivant. C’est le nom du personnage qui a consacré près de 38 ans de sa vie à un métier de crieur public qu’il a valorisé. C’est une manière pour moi de lui rendre un vibrant hommage et l’immortaliser. Je ne voudrais pas que l’on célèbre ce monsieur au passé. Son nom traverse les frontières mais son visage est méconnu, je souhaite qu’il soit décoré. Le tournage a pris une année et le film est d’une durée de 52 minutes.

 

Quelles sont vos ambitions avec ce film ?

 

C’est de faire connaître davantage le personnage du film et aller à la conquête de plusieurs festivals à travers le monde.

 

Vivez-vous de votre art ?

 

Non.

 

Pouvez-vous nous parler de votre quotidien ?

 

Dieu merci, je suis père de trois enfants. Mon quotidien est donc pris par la vie de famille. Je suis attaché de communication de certaines entreprises qui organisent des activités, c’est ma principale source de revenus. Il y a la coordination de certaines activités artistiques également. A mes temps libres, je suis avec les amis au quartier.

 

Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans la culture ?

 

Chacun a son chemin. Mes parents ne m’ont pas empêché de suivre le mien. Je serai à la fois un père et un guide pour lui pour ne pas qu’il commette certaines erreurs du show-biz afin de faire mieux que moi.

 

Qu’avez-vous à dire pour conclure ?

 

Merci à Evasion, vous avez toujours été là pour les artistes, vous avez toujours été pour moi depuis la sortie de mon premier album en passant par les cérémonies de récompenses que j’organisais. Vous avez soutenu des artistes d’ici et qui partent aujourd’hui payer des millions au niveau des médias étrangers pour leur promotion, il faudrait que ces artistes viennent un jour vous témoigner leur reconnaissance. Vivement que la paix revienne au Faso.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

 

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