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BIL AKA KORA, ARTISTE- MUSICIEN: « Merci à mes fans de donner la force à la musique burkinabè »

Surnommé le Faiseur de pluie, le patron de la Djongo Music n’est autre que Bil Aka Kora, un « dinosaure » de la musique africaine qui, au cours de sa carrière, a écumé les plus prestigieuses scènes du monde. Double Kundé d’Or en 2002 et 2005, il a bercé des générations de mélomanes avec ses multiples albums à succès que sont, entre autres, « Douatou », « Ambolou », « Dibayagui » « Yaaba », « Vessaba » … Et sans oublier ses collaborations avec de grands noms de la musique mondiale.

A travers cette interview qu’il a bien voulu nous accorder avec sa nouvelle sortie discographique avec le groupe gospel italien « Castagnole Community Choir », l’artiste nous parle de sa nouvelle aventure, évoque ses grands projets, nous fait vivre des souvenirs tout en remerciant ses fans  d’avoir donné la force à la musique burkinabè. Il aborde également sans détour d’autres sujets croustillants. Lisez plutôt.

 

Evasion : comment allez-vous ?

 

Bil Aka Kora : je vais très bien.

 

Quel bilan faites-vous de votre dernier album en date, « Fulu », qui est sorti en 2020 ?

 

C’est vrai qu’actuellement, les ventes au niveau des disques ont freiné un peu, mais « Fulu » a quand même bien pris.  Le bilan est positif. De toute façon, moi, je ne fais pas la musique tendance, donc quand on fait des albums, ils prennent le temps de se positionner, mais globalement, je suis satisfait. Nous avons fait quelques tournées à l’étranger pour présenter l’album ; il y a eu quelques collaborations aussi. Et je voulais tenter une nouvelle approche pour « Fulu » en intégrant des arrangements un peu jazzy, voilà ça a marché.

 

Votre carrière a été marquée par d’illustres collaborations, notamment avec Ray Lema, Jean Philippe Rykiel et bien d’autres grands noms de la musique. Quels enseignements tirez-vous de ces expériences ?

 

Je fais une musique qui est ancrée dans les traditions kassena et globalement africaines. A mes débuts, je faisais du blues, reggae et quelques chansons de jazz, ce qui fait que la conception de ma musique reste un peu ouverte. Avec Ray Lema, j’ai beaucoup appris en ce qui concerne la direction musicale pour les enregistrements ; cela m’a apporté une grande expérience et m’a permis de rencontrer de grands musiciens comme Etienne M’bappé et d’autres guitaristes de jazz brésilien, des musiciens de la section cuivre, des choristes qui ont chanté avec de grands noms de la musique africaine.

 

Il y a eu également la participation de Magic System sur votre chanson « Annou ». Pourquoi le choix de ce groupe ?

 

Asalfo et moi, on se connaît depuis longtemps. C’était pour marquer les vingt ans de ma carrière ; la démarche était d’ouvrir ma musique à d’autres styles, voilà pourquoi le choix de Magic System. Cela a beaucoup fait plaisir, surtout le tournage du clip qui nous a conduits jusqu’à la cour royale de Tiebélé ; cela a marqué les gens de la région et a permis une visibilité à cette cour royale.

 

Double Kundé d’Or en 2002 et 2005. Comment vivez-vous actuellement ces souvenirs plusieurs années après ?

 

Ce sont de bons souvenirs. Cela a permis de rencontrer la presse internationale qui venait à l’occasion des Kundé et de valoriser mon style de musique ; ça a aidé à la promotion. Au deuxième Kundé, nous avons voyagé, nous sommes allés faire RTI Music Awards.

 

Que deviennent vos projets à succès que sont « Les Nuit Djongo » et le « Djongo Tour » ?

 

« Les Nuit Djongo », c’est un concept de concerts à Pô, nous avons fait trois éditions. Pour le moment, nous avons arrêté parce qu’il y a tellement de festivals et souvent, cela prête à confusion. Avec le projet de l’académie que j’ai, je suis plutôt sur des concepts à Ouagadougou ; j’en ai fait deux. Et Burkina Music Tour, cela fait plus d’une vingtaine d’années, mais ça reste de très bons souvenirs. J’aimerais, à long terme, reprendre ; ce sera plus facile à l’organiser maintenant parce qu’avant, il fallait partir de Ouagadougou avec le matériel, avec une équipe lourde ; ça faisait que, financièrement, ce n’était pas simple.  Peut-être pour mes 30 ans ou 35 ans de carrière, on pourra reprendre le concept.

 

Votre actualité est la sortie récente d’une nouvelle version de « Dibayagui » avec Castagnole Community Choir. Pourquoi le choix de ce groupe gospel italien ?

Cela fait une quinzaine d’années que je collabore avec un groupe italien qui s’appelle Tamtando, et chaque deux ans, nous faisons une tournée et préparons des concepts différents. Les premières années, nous avons joué avec une cinquantaine de personnes ; il y a la percussion, la section cuivre avec des voix aussi. Et l’année dernière, nous sommes partis avec quatre musiciens de jazz. Le projet a été suggéré par Alberto qui dirige la chorale « Castagnole Community Choir » et à l’occasion du lancement de l’académie à Pô, il est venu et nous sommes allés jouer au stade. Quand il a vu le travail que nous avons fait avec la formation de la chorale de l’église de Pô, quand il a entendu les chœurs, il a eu l’idée de reprendre « Dibayagui ». Et à l’occasion de mon séjour en Italie pour ma tournée l’année passée, nous avons passé deux semaines à travailler sur les bases de la musique. Et ensuite, il a continué à peaufiner le reste et ça a donné le résultat que les gens apprécient déjà très favorablement.

 

La résidence de création a-t-elle été facile avec des Italiens qui ne comprennent pas le Kassena ?

 

(Eclat de rire) … Je ne dirai pas que ça a été facile, mais humainement, on s’entendait bien, j’ai rencontré des gens qui sont amoureux du Burkina Faso et donc ils étaient très ouverts et disponibles. Nous avons beaucoup travaillé sur la phonétique, la prononciation des mots, les voix en termes d’accord. Globalement, tout s’est bien passé. A la fin de la résidence, ils ont organisé un grand barbecue et nous avons fait une méga fête. Et ce n’est pas fini, il y a d’autres projets qui vont venir.

 

Quels sont les grands projets avec cette nouvelle sortie discographique ?

 

Moi, je prends beaucoup de temps avant de faire un album. J’ai peur de me répéter.  Et cette reprise de « Dibayagui » est un test pour voir comment ça prend au niveau des enregistrements gospel. Donc, c’est un nouveau grand projet ; travailler au niveau de l’harmonie tout en gardant l’énergie qu’on a ici en Afrique, l’énergie du chant et la dimension de l’émotion qui se dégage quand on chante, faire le mix entre la façon de chanter d’ici et de là-bas. Avec les projets qui vont venir, nous allons travailler dans cette dimension tout en ajoutant d’autres choses que vous allez découvrir quand ça va être fait.

 

Qu’avez-vous à dire à vos fans ?

 

Que l’esprit Djongo les accompagne, l’énergie, l’émotion et la sincérité. C’est avec sincérité qu’ils m’accompagnent depuis bientôt trente ans. Cela traverse des générations et je ne peux que leur dire merci. Merci de donner la force à la musique burkinabè et à l’art tout court.

 

Quel est votre mot de la fin ?

 

Que la paix revienne au Burkina Faso, une pensée pour nos FDS et VDP qui se battent au front chaque jour, pour nous permettre de continuer à pouvoir créer. Que l’amour règne sur le Burkina. Merci à vous.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

 

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