Communément appelé Oyou, le comédien et acteur de cinéma. A l’état civil Eugène Bayala, il tire sa renommée d’un riche parcours artistique. Après ses débuts dans le théâtre, il est révélé au grand public à travers la série « Commissariat de Tampy ». Après cette belle aventure, suivront ses participations dans de nombreux films burkinabè et ivoiriens à succès.
A travers cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, l’Agent Oyou nous parle de ses projets, des souvenirs qui ont marqué sa carrière, jette un regard critique sur le cinéma burkinabè en soutenant que les artistes qu’ils sont, ont besoin de statut. Il aborde également sans détour d’autres sujets croustillants. Lisez plutôt !

Evasion : comment allez-vous ?
Oyou : Je vais ben.
Du théâtre au cinéma, peut-on dire que vous avez rangé le volet théâtre ?
Je ne peux pas abandonner le théâtre parce que c’est ma vie. Le théâtre et le cinéma, c’est la même maison. J’évolue également dans le domaine de la communication, la mise en scène et la production.
Mais le cinéma n’occupe-t-il pas plus votre carrière artistique ?
Oui, le cinéma occupe certes ma carrière professionnelle, mais il y a une réflexion artistique et théâtrale qui me permet la production cinématographique.
Qu’en est-il du domaine des spots publicitaires dans lesquels l’on vous voit ?
Il y a des spots publicitaires où on me voit, qui sont des contrats en tant qu’acteur et il y a aussi des spots réalisés par ma propre structure qui est « Bédir Yé Prod/Oyou Inter Sarl ». Actuellement, je suis en train de réaliser deux spots ; il y a aussi les affiches et panneaux publicitaires. Il faut noter que je suis également dans l’évènementiel. Bédir Yé ça veut dire critiquer l’autre pour qu’il puisse réussir. C’est ensemble que nous pourrons évoluer dans le domaine de l’art.
Le fait d’être fréquemment en Côte d’Ivoire; y a-t-il des projets là-bas qui vous font courir autant ?
Entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, c’est vraiment la navette que je fais. Actuellement, nous préparons là-bas la troisième saison du « Retour du gendarme d’Abobo ». Donc, je repars bientôt à Abidjan pour d’autres prestations également, ensuite il y a le Bénin et l’Europe.
Pouvez-vous nous parler de vos collaborations avec les Gohou, Digbeu Cravate et les Zinzins de l’art, par rapport aux productions de capsules qui sont diffusées sur des chaînes de télé et les réseaux sociaux ?
Ce sont des rapports familiaux. La culture n’a pas de frontière, nous nous complétons pour la sensibilisation à travers des messages clés et pour la valorisation de la culture africaine.
Pensez-vous que le cinéma burkinabè se porte bien ?
On ne peut pas dire qu’il se porte bien en tant que tel. Les gens veulent travailler mais il faut miser les vrais moyens. Tant qu’on ne met pas du carburant dans un véhicule, ce véhicule ne va pas bouger. Nous avons la volonté et des idées, mais il manque l’accompagnement. Si je prends l’exemple de « Commissariat de Tampy », il y a 100 épisodes posés mais il manque le financement pour pouvoir les produire.
Pour avoir joué dans beaucoup de films, quelle production vous a le plus marqué ?
A ce niveau, il faut parler de film qui m’a propulsé. Il faut reconnaître que c’est « Commissariat de Tampy » qui m’a assez révélé. Bien avant cela, je tournais beaucoup avec le théâtre où nous sommes allés à Oslo en Norvège, en France où nous avons joué à Paris au Château de Vincennes et dans bien d’autres lieux prestigieux en 2003. Avec le Cito, il y a eu la pièce « Un ennemi du peuple » avec des Norvégiens ; j’ai tourné aussi avec la compagnie Marbayassa, sans oublier la mise en scène de pièces d’auteur.
Le projet qui me tient à cœur, c’est la formation des jeunes pour qu’ils ne râlent pas comme nous
C’est à travers quel film que vous avez signé votre plus gros cachet ?
Il n’y a pas une affaire de gros cachet, ça dépend de la production. Je ne pense pas qu’il y a un gros cachet dans le cinéma burkinabè. Mais comme nous sommes passionnés de la chose, on est obligé de faire avec. Il faut se dire la vérité, le cinéma burkinabè ne paie pas bien.
Avez-vous un regret ?
Non, pas du tout. Souvent, les gens me demandent : « Oyou, pourquoi vous n’avez pas une grosse voiture ? Pourquoi vous n’avez pas ceci ou cela ? » Moi ça me fait rire. Moi, j’ai des enfants et ce sont mes enfants qui sont mes voitures et mes maisons. De la manière que les Européens font pour faire avancer leur cinéma, nous devons suivre les mêmes règles afin que les artistes professionnels puissent vivre de leur art. Nous avons besoin également de notre statut, le statut de l’artiste, sans oublier les techniciens. Le cinéma c’est toute une industrie.
Quel est le projet qui vous tient le plus à cœur ?
Le projet qui me tient à cœur, c’est la formation des jeunes pour qu’ils ne râlent pas comme nous.
Qu’avez-vous à dire à un jeune qui veut embrasser la carrière d’acteur de cinéma ?
Il faut passer là où moi je suis passé. C’est-à-dire qu’il doit passer par le théâtre, puis se former au jeu d’acteur, la lecture, le scenario, le décor, l’observation et être discipliné. L’art ce n’est pas du désordre, l’art est une vie.
Et que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos traces dans le cinéma ?
Tout dépend de lui. Il faudra qu’il travaille très bien. Quel que soit le domaine qu’il va choisir, il doit être parmi les meilleurs ; c’est le plus important parce que c’est son choix.
Vivez-vous de votre art ?
Je vis de mon art mais on a toujours besoin d’avoir encore plus pour pouvoir mieux faire vivre sa famille. Vous êtes venus me trouver en train de vouloir réaliser un spot publicitaire et c’est grâce à mon art que j’ai eu ce marché.
De tous vos multiples voyages à travers le monde, quels sont les souvenirs qui vous ont le plus marqué ?
C’est mon voyage à Oslo en 2003 dans le cadre du théâtre.
Qu’avez-vous à dire à nos lecteurs ?
Je leur demande de lire Evasion, dont moi aussi je suis un lecteur. En lisant ce magazine, nous pourrions mener ensemble la réflexion pour la sensibilisation afin de parvenir au mieux-vivre à travers la culture.
Est-ce qu’à un moment donné de votre parcours, vous avez voulu jeter l’éponge ?
C’est le serpent qui creuse sa propre tombe, donc dans ce sens, il ne faut pas jeter l’éponge. Il ne faut pas dormir en classe, on peut dormir debout.
Qu’en est-il de la musique ? Car, vous jouez souvent les week-ends dans un orchestre de la place à la Zad.
Moi, j’ai fait la musique, plus particulièrement la percussion quand je faisais ma formation militaire à Dédougou au RPC. J’ai joué avec l’orchestre Les Compagnons du Faso. Actuellement, je joue souvent les week-ends avec Serge Coulibaly et au sein de cet orchestre, j’assure l’animation, les chœurs et je joue à la percussion.
Avez-vous un peu de temps pour votre petite famille ?
Bien sûr que j’ai le temps pour ma petite famille. Il faut voir la famille avant de sortir.
Qu’en est-il de votre situation matrimoniale ?
(Eclat de rire) … Si je gagne cinq enfants c’est bon. Si Dieu me donne je prends seulement.
Quel est votre mot de la fin ?
Merci à vous et à toute l’équipe de la rédaction pour cette marque de considération. Merci à tous mes fans qui représentent ma source d’inspiration et ma force.
Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON
