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KORO DK, STYLISTE-CREATRICE DE MODE: « Les jeunes sont trop pressés »

Originaire de la province des Balé, plus précisément de la localité de Pompoi, la styliste et créatrice de mode, Koro DK, à l’état civil Korotimi Dao, est une figure emblématique de l’art vestimentaire au Burkina Faso et en Afrique. Née d’un père couturier, son géniteur lui inculque le goût de la mode. Dès le jeune âge, elle confectionnait déjà des sous-vêtements qu’elle vendait sur la place du marché de son village. Titulaire d’un Brevet de technicien supérieur, l’art vestimentaire va prendre le dessus. Son savoir-faire lui ouvrira les portes des grandes rencontres de la mode à travers l’Afrique, l’Europe, l’Asie, ainsi que les USA et une carrière auréolée de plusieurs distinctions.

Chevalier de l’Ordre national du mérite des arts, des Lettres et de la communication, et chevalier de l’ordre du mérite du commerce et de l’industrie, Koro DK s’est prêtée à notre entretien à quelques semaines de la tenue de la première édition de son projet Succes Celebrate.

Elle jette un regard critique sur l’évolution de la mode burkinabè et de la génération des jeunes stylistes, nous parle de la formation, de son projet et aborde sans détour d’autres sujets. Lisez plutôt.

Evasion : Comment allez-vous ?

 

Koro DK : Je vais très bien et j’espère de même chez vous et toute votre équipe.

 

Aujourd’hui, vous êtes une figure emblématique de la mode burkinabè, avec toutes ces années d’expérience. Quel est votre regard sur l’évolution de l’art vestimentaire au Burkina Faso ?

 

C’est une question qui est la bienvenue. L’art vestimentaire au Burkina Faso continue son petit bonhomme de chemin. On espère qu’il évoluera encore davantage.

 

Comment jugez-vous la génération des jeunes stylistes ?

 

Les jeunes stylistes doivent savoir qu’il faut toujours la formation. Et au-delà de la formation, il faudrait qu’ils s’approchent des doyens afin de bénéficier de leurs conseils. Quand on a une bonne base, on peut aller de l’avant. Les jeunes sont trop pressés ; quand on n’a pas de socle, on peut se casser la gueule.

 

Pensez-vous avoir atteint vos objectifs en aménageant sur votre nouveau site à Ouaga 2000 ?

 

L’objectif principal c’est la formation. Cet objectif pour le moment n’est pas au niveau que j’aurais voulu. Les moyens font défaut car on ne peut pas venir se former gratuitement ; l’état ne subventionne pas ces formations à notre niveau. Les parents font face à des difficultés financières, donc ils mettent en stand bye certains vœux comme la formation, car ils n’arrivent même pas à honorer la scolarité des enfants. Mais on espère que la situation va se décanter et que les activités vont reprendre de plus belle.

 

Pour avoir été sur plusieurs scènes à travers le monde, quelle est la sortie qui vous a le plus marquée ?

 

C’est difficile de dire exactement la sortie qui m’a le plus marquée car chaque pays a sa particularité et sa Fashion Week. Pour aller dans des défilés, il y a des thèmes qui sont imposés. A chaque fois que je me déplace, je pars avec le nom du Burkina Faso mais pas en tant que Koro DK. Donc c’est l’image de mon pays que je vends à l’extérieur. Et je sens des sentiments de satisfaction à chaque fois que je représente mon pays. Il y a vraiment assez de beaux souvenirs, que ce soit en Afrique, en Europe ou aux USA.

 

Que représentent les différentes distinctions que vous avez reçues tout au long de votre parcours ?

 

Quand on se bat pour quelque chose et qu’il y a de la reconnaissance, on ne peut qu’être satisfait. C’est pour dire que tu es dans les normes et que tu apportes une valeur ajoutée dans ton domaine d’activité. Quand on hisse haut le drapeau de son pays à  l’international, ces reconnaissances sont les bienvenues.

 

 

 

Etes-vous satisfaite de votre parcours ?

 

L’être humain n’est jamais satisfait de son parcours. Moi, je me dis que ce n’est qu’une étape, il y a beaucoup de choses qui viennent.

 

En quoi consiste le projet Succes Celebrate ?

 

C’est une soirée d’hommage envers ceux qui contribuent au développement socioéconomique de leur pays. C’est un projet qui est le bienvenu, il fallait le créer. C’est une occasion de rendre hommage à nos aînés et  à nos célébrités de leur vivant. Il faut rendre hommage aux grands quand ils vivent afin qu’ils sachent qu’ils sont encore utiles.

 

Quel va être exactement le contenu de cette cérémonie ?

 

Vraiment, il y aura de grosses surprises. Je crois que ce sera féerique ; il faut être là pour découvrir et elle va se tenir le 17 mai prochain à Ouagadougou. Le lieu exact  sera dévoilé au moment opportun.

 

Quel est votre message particulier ?

 

Les partenaires de l’art vestimentaire doivent savoir que c’est leur bébé, et grâce à eux, il va grandir. Dans un pays comme le nôtre, c’est normal de célébrer nos aînés, nos artisans et tous ceux qui participent à l’évolution du Burkina Faso.

 

Peut-on savoir sa périodicité ?

 

Ça va dépendre de l’équipe organisationnelle. Il peut être annuel ou chaque deux ans. Il faut avant tout poser les bases à partir de la première édition. Il ne faut jamais être négatif dans ce qu’on entreprend.

 

Que feriez-vous si l’un de vos enfants décidait de suivre vos pas dans le stylisme ?

 

(Eclat de rire)… Les enfants sont libres de choisir le métier qu’ils veulent faire. C’est le métier de mon père que j’exerce aujourd’hui. C’est grâce à mon père que je suis une styliste car j’ai suivi ses traces. Quand mon papa a donné une machine à coudre à ma maman, c’était indirectement, c’était pour l’un de ses enfants. Quand on suit les traces de son géniteur, je crois qu’on laisse une tache indélébile quelque part.

 

Qu’avez-vous à dire pour conclure ?

 

Que la paix revienne au Faso. Je rends un vibrant hommage à tous ceux qui sont tombés les armes à la main pour la défense de la patrie. Je souhaite beaucoup de courage à nos vaillants FDS et VDP.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

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